Un peu de couleur dans nos vies !

Alcool : Extravertisme

Chon : Calme

Poppers : Dynamisme

Zolpi : Spontanéité

Champi : Imagination

Eau Ecarlate : Mystère

Net : Introvertisme, Tristesse, Léthargie, Mensonge, Creux, Mort


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# Posté le dimanche 23 septembre 2007 11:54

Modifié le dimanche 23 septembre 2007 14:36

Le Trou


Le Trou




Cela fait maintenant 74 longues années que les mêmes images hantent mon esprit... Depuis tout ce temps, je n'ai cessé de ressasser ce qui s'est passé ce fameux jour d'été de 1932, ce jour où mon ami Jérémie a disparu, et où ma vision du monde a changé à jamais. Cette histoire, je me suis finalement décidé à la raconter. Aujourd'hui agé de 87 ans, et proche de la fin, il est temps pour moi de coucher sur le papier l'expérience que je vécu alors que je n'avais que 13 ans.

C'est donc lors d'une chaude journée d'août que tout s'est passé. En ce temps-là, mes trois amis et moi formions un petit clan soudé. Il faut dire que nos quatre mères étaient elles-mêmes de très bonnes amies, cela même avant d'accoucher. C'est donc tout naturellement que nous grandîmes ensemble comme des frères, tous de mêmes âges car nés un an après la Grande Guerre, comme tant d'autres.
Nous vivions, je crois, une enfance des plus insouciantes. Le chaos de la guerre nous semblait appartenir à un passé incroyablement lointain, et le danger que réprésentait à cette époque la montée du nazisme en Allemagne ne pesait pas bien lourd dans nos petites têtes.
Il y avait le grand Pierre, un sportif inné, Damien un gamin maigrelet et timide, Jérémie le rigolo de la bande et enfin moi, Marcus, le futur médecin, « la fierté de la famille » comme se plaisait à le répéter ma chère mère depuis qu'il s'était avéré que je surpassais de loin tous mes petits camarades quant à ma réussite scolaire.
Le Bois du Baron était notre terrain de jeu favori. Nous y pêchions, chassions, campions... Il était assez vaste, et même après tout ce temps passé à l'explorer, nous n'en connaissions pas la moitié. C'était donc dans l'intention d'avancer encore un peu plus loin dans les profondeurs du bois que nous étions partis, tentes et sac de couchages sur le dos, sans oublier la canne à pêche, pour y passer la nuit. Le chemin s'avérait parfois périlleux, car la végétation était très dense par endroits. Il y avait pourtant plusieurs sentiers qui parcouraient les bois, mais nos parents nous avaient toujours interdit de les emprunter. « Il pourrait y rester des mines de la guerre » me disait ma mère. Ainsi, nous évitions les chemins tracés.
Ce jour-là, nous marchions depuis une bonne heure, et étions déjà plus loin que jamais. C'est parce que la chaleur était oppressante et la fatigue de plus en plus pesante que nous décidâmes que faire une halte. Le coin était très agréable, et appelait au repos. Un petit espace moins dense en végétation, entouré en partie par une petit butte sur laquelle on pouvait aisément s'asseoir sans crainte de douleurs au dos, ou aux ischions...
Nous nous y installâmes aussi confortablement que possible. Pierre choisit tout naturellement le sommet de la butte, Damien s'assit à même le sol et quant à Jérémie et moi, nous nous adossâmes à deux arbres qui se dressaient côte à côte. C'est le moment que choisit Jérémie pour fouiller dans son sac et en sortir ce que nous reconnûmes aussitôt comme étant un paquet de tabac.
« T'en as encore volé à ton père ? Demandais-je, surpris
Pourquoi pas ? Fit-il, de toute façon il ne le remarque jamais. Alors, autant se servir.

Il fit jouer le paquet entre ses doigts quelques secondes, puis il demanda :
« Alors ? Sa tente quelqu'un ? »
Pierre fit immédiatement la grimace. « Laisse tomber, je ne touche pas à ses saletés, lâcha-t-il avec un air de dégoût ».
- Moi, je veux bien essayer... Fit Damien timidement.
Jérémie sourit et lui tendit le paquet.
- Tu ne devrais pas Damien, objecta Pierre sévèrement, c'est mauvais pour la santé ces trucs.
- Pff... C'est des histoires ! Le coupa Jérémie d'un air moqueur. Et toi Marcus, tu en veux ?
- Non merci, refusais-je
Mes deux compères commencèrent à fumer, et le silence se fit. Il ne fut rompu que par Damien, qui partit dans une quinte de toux interminable, avant de tendre sa cigarette à Jérémie en affichant un air qui semblait dire « Je n'en peux plus » ou « c'est dégueulasse ».

- Vous voulez allez loin encore ? Demandais-je finalement.
Pierre sembla réfléchir quelques secondes, puis, le regard toujours dans le vague, me répondit :
- Je m'étais dit qu'on pourrai essayer de rejoindre la rivière, la longer jusqu'aux hauteurs, et installer notre campement à proximité.
Jérémie mima de s'étouffer.
- Les hauteurs ? S'exclama-t-il. Sa ne va pas la tête ? Je ne marche pas jusqu'à là-bas.
- On est pas obligé d'aller très loin, tentais-je de le rassurer. En marchant seulement une vingtaine de minutes, on devrait pouvoir trouver un bon petit coin pour s'arrêter.

Il resta un moment à tirer sur sa cigarette, puis finalement, il acquiesça.
Quand nous repartîmes, il était environ 15h. Tandis que nous nous remettions en marche, j'entendis Jérémie charier Damien, évoquant une certaine Fabienne que ce dernier aurait timidement tenter d'aborder quelques jours auparavant. Je ne le voyais pas, mais j'imagine bien que Damien devait se ratatiner de honte sous l'assaut des blagues vaseuses de Jérémie. Moi, je les écoutais en souriant, ignorant encore que c'était la dernière fois que je les entendais.


Le Soleil était encore haut dans le ciel quand nous atteignîmes notre destination. Il y avait cependant dans l'air cette fraîcheur qui laissait présager l'approche du crépuscule. Ce serai le cas d'ici deux petites heures.
Je parcourai l'endroit des yeux, l'esprit bercé par le clapotis que faisait la rivière à proximité. Ce lieu était comme une enclave, bordé d'un côté par d'épais buissons et de quelques arbres, de l'autre par le ruisseau. Nous commençâmes à monter nos tentes. Nous en avions deux pour quatre. Nous les disposâmes de manière à former avec l'entrée un angle ouvert vers la rivière. En face des tentes, nous plaçâmes des pierres en cercle, pour constituer le foyer de notre feu de camp à venir.
Il ne nous restais plus qu'à aller chercher du bois mort.

Je partis avec Damien, tandis que Jérémie s'en alla accompagné par Pierre. Nous errâmes une dizaine de minutes dans les alentours, sans trouver plus que quelques misérables branches mortes trainant sous les feuillages. Fatigué de courber le dos pour un si maigre butin, je décidai de rebrousser chemin pour tenter de trouver mes deux autres amis. Je marchais tout en balayant des yeux les broussailles devant moi, quand soudain, ce fut Jérémie qui me signala sa présence en criant mon nom.
« Où es-tu ? Demandais-je aussitôt
- Là ! Suis ma voix !
Je m'éxécutai, et m'avançai vers l'endroit d'où la voix de Jérémie me parvenait. A mesure que j'approchais, elle se faisait plus nette. Il s'adressait à Pierre d'un ton excité. « Je t'assure ! Je l'ai vraiment entendu ! Répétait-il sans cesse. Et Pierre, de son habituel ton posé lui répondait « Mais non Jerem', tu as rêvé. » ou encore « C'est le vent ».
Après avoir écarté du bras un dernier buisson, j'arrivai devant mes deux camarades. Ils se tenaient de profil, le regard fixé sur le sol devant eux. Quand Jérémie m'aperçut, il s'avança vers moi, le bras tendu, comme pour m'entraîner avec lui.
« Marcus ! Viens voir vite ! »
Je m'approchai, et alors je le vis.

Le trou était là, large d'une cinquantaine de centimètres, creusant obliquement le sol, tel un terrier. Quelques maigres branches et feuillages en masquaient timidement l'entrée, au-delà de laquelle l'obscurité empêchait de discerner quoique ce soit, si bien que nous ne pouvions absolument pas juger de sa profondeur. Jérémie se tenait à côté de moi et semblait anormalement agité. Il fixait le trou, aux aguets, comme s'il s'attendait à voir quelque chose en surgir. Pierre soupira.
« Laisse tomber Jérem'... Fit-il d'un air las »
Mais mon camarade continuait de scruter le terrier.
- Qu'est-ce qu'il se passe ? Demanda Damien qui s'était finalement lui aussi approché.
- Jérémie prétend avoir entendu une voix qui venait de ce trou... Expliqua Pierre en levant les yeux au ciel d'un air dubitatif
- Je n'ai pas rêvé ! Protesta subitement Jérémie. Je l'ai vraiment entendu ! C'était la voix d'un enfant, un petit enfant. J'en suis sûr.

Damien semblait perplexe « Un enfant ? Dit-il en baissant lentement le regard vers l'orifice. » Jérémie se contenta d'acquiescer de la tête en guise de réponse.
Quant à moi, je ne dis rien et reposai de nouveau mes yeux sur le trou. Aussitôt, la vision d'un jeune gamin pris au piège à plusieurs mètres de profondeur dans ce conduit froid et sombre me vint à l'esprit, et je fus parcourus d'un frisson. Le trou me mettait étrangement mal à l'aise. A l'intérieur et jusqu'à ses bords, l'obscurité était si épaisse qu'elle en semblait palpable, et cela malgré les rayons du Soleil qui baignaient de lumière le sol autour de nous.
Plusieurs secondes passèrent, où nous ne bougeâmes pas, guettant un hypothétique appel au secours. Finalement Pierre haussa les épaules avec dédain et commença à s'éloigner. Damien et moi étions sur le point de faire de même, quand soudain, nous l'entendîmes. L'appel sortit du trou avec un léger écho.
« Au secours... »
Nous nous figeâmes tous. Tous, sauf Jérémie qui réagit au quart de tour et fit volte-face vers le terrier.
« Vous l'avez entendu ? Hein ? Vous l'avez entendu les gars ? Demandait-il frénétiquement en s'agenouillant devant l'entrée.
Nous ne répondîmes pas, et restâmes à attendre, encore persuadé que nous avions rêvé.
L'appel se répéta :
- A l'aide... Venez m'aidez s'il vous plaît...
Damien me jeta un regard tremblant
- J'ai si peur... Continuait la voix.
Cette fois-ci, Pierre sembla émerger de sa léthargie et eut un mouvement vif en direction du trou.
- Merde ! Souffla-t-il. Il y a vraiment quelqu'un !
Nous nous retrouvâmes rapidement tous agenouillés en face du terrier. Jérémie rapprocha son visage de l'ouverture et cria.
- He ! Toi dedans ! Est-ce que sa va ? Tu n'as rien de cassé ?
Pas de réponse. Plusieurs secondes passèrent, puis un nouvel appel à l'aide résonna dans l'obscurité :
- J'ai froid... Aidez-moi...
- D'a... D'accord ! Ne bouge pas on arrive ! Dit Jérémie en faisant mine de se lever.
Une fois debout, il commença à retirer son sac à dos. Pierre lui aggripa l'épaule.
- Jérem' mais qu'est-ce que tu fais ?
- Quelle question ! Je vais le chercher !
Pierre se posa en barrage devant lui.
- Attends ! Ordonna-t-il. C'est au secours de s'occuper de ça.
- Au diable les secours ! Protesta Jérémie. Ils leur faudra des heures pour venir ici !
Pierre ne répondit pas. Jérémie ne cessait de le fixer, d'un air déterminé. Comme il ne scillait pas, Pierre finit par s'écarter en lâchant un " Merde ! " de mécontentement.
La voie ouverte, Jérémie se posta devant le trou, s'allongea sur le ventre et cria de nouveau dans l'orifice :
- Ne t'inquiète pas ! On vient te chercher !
Il n'attendit pas la réponse, et sortit une lampe de poche de son pantalon. Il braqua l'intérieur et resta quelques secondes à observer avant de déclarer « Merde ! On n'y voit rien ! ».
Jérémie tourna la tête vers moi.
- Marcus ! Viens ! Ordonna-t-il
Je m'avançai sans poser de questions, quand je fus au niveau de ses pieds il s'adressa de nouveau à moi.
- Attrappe mes jambes ! Fit-il toujours avec le même ton urgent. Et retiens-moi !
Je m'éxécutai, et aggripai ses chevilles fermement. Jérémie commença alors à ramper dans l'étroite ouverture, laissant sa tête et le haut de son corps disparaître dans l'obscurité.
- Tu vois quelque chose ? Osais-je timidement.
- Non rien ! Répondit Jérémie. Fais moi descendre plus bas !
Je relâchai un peu la pression sur ses chevilles et le laissai s'enfoncer plus profondément dans la pénombre. Seuls ses mollets étaient encore à l'air libre. Je l'entendis crier de nouveau :
- Hey petit ! Est-ce que tu m'entends ! Dis-moi ou tu te trouves !
Je ne sais pas si Jérémie entendit une réponse, mais il fit une tentative pour descendre encore plus dans le terrier. Je sentit plus de poids au bout de mes bras, et comprit que si je lâchai prise, mon ami se retrouverai lui aussi piégé dans ce puit.
L'obscurité était telle que j'aurai été incapable de dire si Jérémie avait allumé sa lampe torche où s'il tâtonnait dans le noir. Un long moment passa encore.
Soudain, mon camarade se raidit .
- Vas-y ! Prends ma main ! Criait-il à presque deux mètres sous nos pieds..
Je m'apprêtai à tirer, dès que Jérémie m'en donnerai le signal. Plusieurs longues secondes s'écoulèrent, au point que je commençai à me demander si mon ami avait vraiment trouvé le jeune prisonnier.
Puis Jérémie commença à s'agiter subitement. Croyant qu'il glissait, je resserai ma prise sur ses chevilles. Un cri me parvint du fond du trou :
- N.. Non ! Arrête ne tire pas comme ça ! Paniquait Jérémie.
- Jérém' ! S'écria Pierre. Est-ce que tout va bien ?
La seule réponse qu'il eut fut un hurlement d'effroi strident qui résonna à mes oreilles comme le cri d'un condamné. Jérémie se débattait plus que jamais, et je comprit qu'il était en train de lui arriver quelque chose de terrifiant. Ses hurlements reprirent de plus belle, à mon encontre cette fois.
- Marcus ! Appelait-il désespérement. Remonte-moi ! Par pitié sors-moi de là !
Je tirai de toutes mes forces, mais mon ami semblait comme retenu prisonnier, coincé par je ne sais quelle chose tapie dans le noir. Pire encore, je sentis ses mollets glisser entre mes doigts.
Comprenant enfin l'urgence de la situation, Pierre bondit et m'entoura le buste de ses bras puissants, pour me tirer en arrière.
Nos tentatives pour extirper Jérémie et le ramener à la surface s'avérèrent peu fructueuses. Notre ami ne cessait de s'enfoncer dans les profondeurs, lentement, centimètres par centimètres. Je fus pris de panique quand je m'aperçus que mes mains et mes poignets étaient eux aussi maintenant à l'intérieur du trou. Ce qui me frappa d'effroi fut le brusque changement de température que je sentis à la surface ma peau. Le froid glacial du terrier me mordit les mains et je fus secoué de tremblements. Puis, Jérémie fut tiré brusquement vers le bas et je me retrouvai malgré moi la tête engloutie dans le noir le plus total.
Dehors, Damien criait et semblait totalement paniqué. Derrière moi, Pierre avait lui aussi chuté en avant et tentait de se relever pour continuer à me tirer.

C'est là que je le sentis. Cette odeur pestilentielle qui me monta au narines comme une vive éruption nauséabonde. La puanteur était telle qu'elle me donna la nausée, et je me mis à hoqueter en essayant de retenir mon envie de vomir. En bas, Jérémie ne criait plus. Il se contentai de geindre et d'émettre de temps à autre des sanglots étouffés. Mais j'entendis autre chose. Une sorte de grognement presque imperceptible, mais qui témoignait à n'en pas douter d'une présence. Quelque chose en train de happer mon ami Jérémie au fond de son antre...
Une peur indicible m'envahit quand je plongeai mes yeux dans les profondeurs du trou. Je ne distinguais presque pas les contours du corps de mon camarade, mais je pouvais clairement observer une forme noire et volumineuse remuer à deux ou trois mètres de profondeur. La chose s'agitait démesurément, émettant des grognements de plus en plus forts.
Puis Jérémie me fut arraché des mains. Je le sentis filer entre mes doigts et tomber dans le néant. Je ne l'entendis pas toucher le sol, il semblait s'être évanouit dans l'obscurité. Un dernier grognement déchira la pénombre puis le silence se fit.
- Jérémie ! Appelais-je de toutes mes forces.
Je n'entendis même pas l'écho de mon appel. Lui aussi semblait avoir été mangé par la noirceur du puit.
Puis soudain, quelque chose aggripa mon avant-bras, que j'avais laissé pendre dans le vide. Quelque chose de froid comme la glace, une sorte de serre humide et écailleuse. Je voulu crier mais aucun son ne sortit. La créature semblait se hisser jusqu'à moi, et au fur et à mesure qu'elle s'approchait je pouvais sentir l'atmosphère de la grotte devenir de plus en plus brûlante. L'odeur qui émanait de la bête provoqua en moi les plus horribles visions. J'aperçus deux petites billes jaunes qui perçaient l'obscurité. Deux yeux, qui me fixaient...
- Pi... Pierre ! Balbutiai-je
Je sentis le souffle chaud de la bête sur mon visage, mais je ne la voyais toujours pas.
Je la sentais pourtant toute proche de moi. Sa bouche ne devait être qu'à une vingtaine de centimètres de mon visage quand elle me parla. Enfin, je ne sais pas si on peut dire qu'elle me parlais, mais je crus entendre comme une voix rauque dans mon crâne, qui me soufflait des propos terrifiants.
- Je reviendrai pour te prendre Marcus...
Cette fois-ci je me débattit et appelait Pierre à l'aide de plus belle. La créature éclata d'un rire diabolique, soufflant à mon visage son haleine fétide. Je me sentis de nouveau tirer vers le bas. Puis brusquement, alors que je croyais ma dernière heure arrivée, la créature me lâcha et je me retrouvai tirer brutalement vers l'arrière. En moins d'une seconde j'émergeai du noir et du froid pour me retrouver face dans la terre, la nuque inondée par le soleil. Je me relevai immédiatement et bondit le plus loin possible du trou. Je m'affalai contre un arbre et restai là, recroquevillé et tremblant de peur, la tête cachée entre mes mains. Pierre se précipita vers moi.
- Marcus ! Fit-il en me prenant par les épaules. Marcus est-ce que sa va ? Qu'est-ce qui s'est passé nom de Dieu ?
Je n'arrivai pas à lui répondre. C'est tout juste si je parvenais à respirer. Il ne dessera pas son étreinte et m'obligea même à le regarder.
- Où est Jérémie ? Demanda-t-il en me regardant droit dans les yeux.
- Il... Il... Balbutiai-je au bord des larmes.
Damien lui fixait le trou, l'oeil hagard et les jambes fébriles.
- Il... Il est tombé ! Articulais-je difficilement. Il a été emporté dans le trou !
- Quoi ? Comment ça emporté ? Demanda Pierre incrédule.
- Je... Je sais pas merde ! Il y'a quelque chose qui l'a attrappé ! Et j'ai pas pu le retenir !
Pierre ne répondit pas. Il resta à me fixer, puis je pu à mon tour voir apparaître la peur dans son regard. Il lâcha mes épaules et se laissa tomber sur les fesses. Damien vint s'asseoir avec nous. Nous restâmes un long moment sans dire un mot, à écouter le vent se lever doucement et effacer progressivement la tranquillité du lieu.
Finalement, quand nous fûmes plus ou moins calmés, nous reprîmes le chemin du retour. Nous n'échangeâmes pas une parole durant tout le trajet.

Nous fûmes bien forcés de raconter notre histoire à nos parents quand la mère de Jérémie se mit à chercher désespérément son fils dans tout le village, frappant aux portes des voisins, l'appelant à maintes reprises tandis qu'elle déambulait dans les ruelles.
Nos parents, ainsi que quelques policiers et autres villageois prirent le chemin de la forêt le lendemain, pour tenter de retrouver l'endroit que nous leur avions indiqué la veille, autour d'une tasse de chocolat chaud. Quand ils y arrivèrent pour midi, le trou n'y était plus. Ils cherchèrent un long moment, fouillant les alentours à la recherche d'un quelconque terrier. Ils revinrent bredouille au crépuscule. La mère de Jérémie était dans un mutisme total, visiblement sous le choc de la disparition de son fils bien-aimé. D'autre petites expéditions furent organisés. Mais on ne retrouva jamais Jérémie.

Les jours, les semaines et les mois passèrent, et les gens finirent par considérer cette affaire comme close. « Disparition inexpliquée »...

Quand la Seconde Guerre Mondiale éclata, je perdis de vus mes deux camarades. Pierre et moi fûmes envoyés au front, dans deux unités différentes. Je fus blessés dans les Ardennes durant les premiers jours du conflit, et renvoyé chez moi. Je n'eus aucune nouvelle de Pierre durant plusieurs mois, puis j'appris qu'il était mort au combat en défendant la ligne Maginot, quelques semaines après mon départ. « Mort en héros », nous a-t-on dit.
Quant à Damien, il fut réformé pour cause de « troubles mentaux » et ne fut jamais envoyé sur le champ de bataille. J'appris son internement en asile psychiatrique à mon retour du front, et sa mort environ un an après. Mon vieil ami avait fabriqué une corde avec ses draps, et s'était pendu aux barreaux de sa cellule.
Je me retrouvai seul. Cette solitude a duré de nombreuses années. Puis je me suis marié, et ma femme m'a donné deux beaux enfants. Mais ces moments de bonheur ne m'ont jamais permis d'oublier ce jour fatidique. Le jour où, j'en suis convaincu, je me suis retrouvé nez à nez avec le Diable, sur le palier de son antre. Ce jour où il m'a promis qu'il reviendrai me chercher, moi Marcus.

Je frissonne au moindre bruit, j'ai peur d'être seul et de m'endormir sans une lumière à proximité. Sa ne peut plus durer. Ma femme est décédé et mes enfants sont loin. Je ne suis plus qu'un vieux gâteux, passant ses journées seul dans sa chambre de retraité, n'ayant pour seul visite que les infirmières chargé de s'occuper de lui.
Mais le pire, c'est qu'ici, on ne m'autorise pas à laisser une lampe allumé le soir. Alors, j'ai cessé de dormir. Cela fait cinq jours que sa dure et que ma santé mentale commence sérieusement à décliner. Je sais que je risque à tout moment de tomber de sommeil, seul en proie à l'obscurité. Je ne veux pas que sa arrive. C'est pour cela que je rédige ce mot d'adieu en y racontant pour la première fois cette histoire.

Je vais mettre fin à mes jours cette nuit même, en me pendant dans ma chambre. Comme toi Damien. Comme toi mon vieil ami...

Je prie seulement pour qu'une fois mort, je ne me retrouve pas dans le noir, mes hurlements accompagnant ceux de Jérémie.





FIN



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# Posté le dimanche 16 septembre 2007 11:15

Modifié le samedi 22 septembre 2007 12:46

Gino - Oilivia Ruiz & Les Têtes Raides

Bon d'accord, " Gino " je l'ai déjà mise, mais je viens juste de tomber sur cette vidéo, où Les Têtes Raides et Olivia Ruiz ( encore ^^ ) chantent au beau milieu de la Gare du Nord, bondée de voyageurs qui semblent apprécier le spectacle ( mention spécial au papy à béret de la fin, à fond dedans visiblement ^^ )


Bon promis, j'arrête. = )

# Posté le lundi 03 septembre 2007 11:47

" Les Vieux "

Jean Corti et les Têtes Raides, " Les vieux ", en hommage à ce bon vieux Jacques Brel. Une chanson assez triste sur la vieillesse...
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# Posté le lundi 03 septembre 2007 08:34

Nouveau Défi remporté ! ! !

Nouveau Défi remporté ! ! !
Hey hey hey ! Je pense que mon petit cercle d'amis comprendra que mon geste d'écrire un article sur cette soirée était nécessaire, ne serait-ce que pour les futures générations, pour que les vieux disent à leurs enfants : "ne buvez pas ! et ne relevez pas de défi stupide ! Sinon, vous terminerez comme Léa ! "
Trêve de détails, disons simplement que Léa a voulu jouer, et qu'elle a perdu (normal me direz-vous ?). MAIS... je dois cependant reconnaitre qu'elle s'est battu comme une chef, alors du coup je mets pas une photo dégueulasse, juste un petit scoop : Léa s'est envoyé un Alien venu de Dieu sait qu'elle planète hier soir. Voyez pas vous-même :



Kevin : 1
Léa : 0


revanche, revanche ...? ^_^

# Posté le mercredi 01 août 2007 06:31