Vivi

Vivi
Il est fort étonnant que depuis tout ce temps je n'ai jamais pensé à faire un article sur elle, sur ma Vivi adorée. Une des rares personnes que je pense vraiment pouvoir considérer comme une amie, et la seule personne en qui j'ai totalement confiance. J'ai l'impression de pouvoir tout lui dire, et d'ailleurs je lui dis tout, c'est bien simple elle connait tout de moi, ou du moins, beaucoup plus que la majorité des gens qui m'entourent. Elle était là pour me soutenir dans les moments où j'en avais le plus besoin, et j'espère avoir réussi à en faire de même pour elle.
C'est pour ces raisons que j'ai envie de te dire " merci d'exister "

Je t'adore ma Vivi

Ton Fugitif

# Posté le dimanche 22 juillet 2007 15:10

Charles Manson talking about Music business and hollywood 06/06/06

Je suis tombé par hasard sur une vidéo très récente de Charles Manson (vielle d'à peine plus d'un an à l'heure où j'écris cette article). On peut y voir le bougre, toujours en pleine forme, taper son délire sur Hollywood, pousser la chansonnette, faire des grimaces, etc... Enfin bref sa valait bien un petit article ^^ Enjoy !

# Posté le mardi 17 juillet 2007 14:51

Ez3kiel

Ez3kiel
Ez3kiel, un de mes groupes préféré. Aussi l'un de ces groupes que je suis encore le seul à aimer, et que quand je vous le fais écouter, vous me dites " ouais c'est pas mal... T'as pas autre chose ? " ou alors " c'est spé quand même..." . Bref je prends encore le risque en créant un petit article pour en parler. Ez3kiel est effectivement un groupe assez originale, tant dans son ambiance général que dans ses compos. En effet, Ez3kiel est un groupe très eclectique, les morceaux varient de l'electro au classique, en passant par du dub ainsi que par des choses très difficile à définir, et parfois tout ça à la fois ^^. Leur dernier album " Naphtaline" vient de sortir, il succède à "Handle with Care", "Barb4ry" (voir photo) et leur live "Versus". Le plus simple pour faire une idée est de vous rendre sur leur site www.ez3kiel.com, ou encore d'écouter quelques uns de leurs morceaux sur des sites comme Radio Blog. Si certains par hasard aimeraient, bah qu'ils me laissent un petit com, j'aurai l'impression d'avoir fait ma B.A ^^.

# Posté le dimanche 17 juin 2007 12:19

Modifié le lundi 18 juin 2007 05:17

Escapades Nocturnes (Partie II)

Voici la deuxième et dernière partie de ma nouvelle. Je sais, j'ai mis le temps...


Escapades Nocturnes (partie 2) :


Je ne retrouvai pas Léa. Cette dernière avait disparu des environs à une vitesse impressionnante. Sans doute était-elle encore toute secouée par le spectacle peu ragoûtant auquel elle avait assisté, et avait décidé de rentrer chez elle. Mais était-elle secouée au point de partir sans rien me dire ? Je préfèrerais me dire que c'était bien le cas.
Sur le chemin du retour, je repensais à la longue discussion que nous avions eu ensemble la veille. En quelques heures, j'en appris beaucoup sur elle. De même, elle apprit beaucoup plus de chose à mon sujet le temps d'une nuit que l'ensemble des personnes me connaissant. Je lui parlai même de choses dont personne n'était au courant. Les histoires entre mon père et ma mère entre autres... Quant à elle, elle évoqua la raison de sa venue ici : son père, schizophrène de longue date, et qui avait déjà à maintes reprises constitué un danger pour sa mère et elle, avait vu son cas s'aggraver quand, une nuit, il avait poignardé sa femme pendant son sommeil, et avait ensuite tenté de faire subir le même sort à sa fille. Léa avait réussit à lui échapper et à prévenir la police. Malheureusement, son père pris la fuite. Ce dernier était toujours en cavale. Pour sa sécurité, Léa fut envoyée chez sa tante, ici, à Villette d'Anthon. Cela faisait maintenant trois mois qu'elle était arrivée. C'était la première fois depuis tout ce temps qu'elle sortait de la maison de sa tante. Cela expliquait probablement la timidité dont elle avait fait preuve envers les autres et moi-même au début...


J'aperçus la voiture de mon père garée dans l'allée. Je remarquai immédiatement la longue éraflure sur la portière gauche de la voiture, ainsi que le phare avant gauche abîmé. L'état du véhicule me donnait une idée globale de l'état dans lequel devait se trouver mon père en rentrant à la maison hier soir.
Je poussai la porte d'entrée et pénétrai dans le hall. Je ne vis pas les chaussures de mon père. Il était probablement allé se coucher avec. Je me dirigeai vers la cuisine, à la recherche de ma mère. La pièce était vide. Je ne trouvai qu'un mot sur la table :

« Hugo, je suis chez Dominique, je rentre ce soir. Je t'ai laissé des saucisses à décongeler dans l'évier. A ce soir. Maman. »

Je jetai un coup d'½il dans l'évier et aperçu les saucisses en question. Elle ne me faisait absolument pas envie. Je froissai le bout de papier et le jetai à la poubelle.
Je décidai de rejoindre ma chambre. Tandis que j'approchais du salon, je pu entendre un ronflement. Je compris que je devrais passer devant mon père endormi sur le canapé pour rejoindre mes quartiers.
Ce dernier était avachi sur le dos, la tête penchée sur le côté, le bras droit frôlant le sol. Une odeur de fumée et d'alcool flottait dans le salon obscur. Je passai sans un bruit devant mon père. Ses ronflements se faisaient de plus en plus bruyant, et je compris qu'il n'allait pas tarder à se réveiller. J'accélérai le pas. Quand j'atteignis l'escalier menant à l'étage, le ronflement derrière moi cessa, et j'entendis mon père marmonner :
« Hugo... ».
Je stoppai net, sans me retourner pour autant.
« Hugo ! Répéta mon père plus fort.
- Oui ? Demandais-je en faisant volte-face.
- Elle est où ta mère ?
Il avait la voix lourde et rocailleuse ; signe d'une nuit passée à la noyer dans le whisky ou le pastis.
- Elle est chez sa s½ur. Répondis-je
Mon père marmonna un juron que je n'entendis pas. Probablement un « salope », ou encore « vieille pute ».
Mon père se redressa sur le canapé et s'assit face à la petite table basse, sur laquelle était posé un paquet de Marlboro, ainsi qu'un verre vide et une bouteille de whisky déjà bien entamée. Il tendit la main vers le paquet et en extirpa une cigarette, qu'il plaça entre ses lèvres humides, avant de l'allumer avec un briquet presque vide. Puis il leva de nouveau la tête vers moi.
- Et toi ? D'où tu viens comme ça ? Demanda-t-il d'un air suspicieux.
- J'étais à une soirée avec mes amis.
- Une soirée ? Tu ne m'as pas demandé la permission. Tu crois peut-être que tu peux partir valdinguer où bon te semble sans rien me dire ?
J'essayai de me contrôler au mieux pour ne pas hausser le ton.
- Tu n'étais pas là, je ne pouvais pas te prévenir. Répliquais-je d'une voix calme.
Mon père expira bruyamment en fronçant les sourcils.
- Eh bien dans ces cas-là, tu ne sors pas ! S'énerva-t-il. Tu restes à la maison pour t'occuper de ta mère !
J'inspirai profondément, en m'efforçant de ne pas me laisser emporter.
- Très bien. Lâchais-je finalement.
Mon père tira une dernière grande bouffée sur sa cigarette avant de l'écraser sur le bois de la table.
- Ah ! T'es bien comme ta mère ! Bougonna-t-il. Vous croyez que vous pouvez toujours faire ce que bon vous semble, sans vous soucier de ce que je pense ! Petit con va ! Je devrais te dérouiller plus souvent toi aussi, sa t'apprendrais le respect...
Sa voix devint peu à peu un murmure, jusqu'à être totalement inaudible. Puis il reporta son attention sur la bouteille de whisky posée à quelques centimètres de lui et entreprit de s'en servir un verre. J'en profitai pour monter à ma chambre sans un mot.

Arrivé à ma chambre, je m'enfermai à clé et m'assit à mon bureau. J'étais énervé, et je décidai de me rouler un joint pour me calmer. Je ne m'habituerai décidément jamais à la situation ! Au contraire, même ! Je la supportais de moins en moins.
« Un jour, je te tuerais... Pensai-je très sérieusement ».
Toute la haine accumulée depuis ma plus tendre enfance contre ce connard refaisait surface à chacune de mes nouvelles confrontations avec lui, et cela même lorsqu'il était sobre.
Les minutes passèrent, et le joint me calma petit à petit.
Je m'emparai de la télécommande de ma chaîne Hi-fi, et appuyai sur « lecture », sans me soucier de savoir quel disque se trouvait à l'intérieur. Je m'en fichais, j'avais juste besoin de musique.
Je m'allongeai sur mon lit et fermai les yeux. Sur l'écran noir de mes paupières closes, je pouvais voir l'image de Léa qui me souriait. J'avais l'impression d'entendre sa voix résonner dans ma tête, et son rire se propager dans mon crâne. Et je me sentais sourire amoureusement tandis que devant moi, Léa continuait de jouer avec ses longs cheveux châtains, tout en me regardant de ses yeux de biches. Et alors que le sommeil s'emparait peu à peu de mon corps envahi par la béatitude, j'eus l'impression de sentir l'odeur de Léa, et ses caresses sur ma joue... Je m'endormis.



Je fus tiré de mes doux songes par l'insupportable sonnerie de l'interphone, suivie de très près par les aboiements hystériques de mon chien. Puis vinrent les inévitables grognements de mon père, maudissant la personne qui venait de le tirer lui aussi de son sommeil. Je roulai lourdement sur moi-même de manière à pouvoir consulter mon réveil. Il était presque 17 heures. Je me levai péniblement de mon lit et me dirigeai d'un pas lent vers la porte. Je l'entrouvris légèrement, juste assez pour passer ma tête dans l'ouverture.
Je tendis l'oreille pour entendre ce qui se déroulait en bas. Mon père vociférait des insultes. Il était probablement en train de répondre à l'interphone. J'entendis un dernier « putain » avant que mon père actionne le bouton contrôlant l'ouverture du portail. Puis je l'entendis se traîner de nouveau vers son canapé.
Une minute passa. Puis la porte d'entrée s'ouvrit. J'entendis quelques pas dans le hall. Mon père beugla :
« Hugo ! Y'a ta copine qui est là ! »
Ma copine ? Pff... Ce gros porc sortait cette vanne à chaque visite d'une de mes amies. J'écoutai les quelques pas timides qui se dirigeaient vers l'escalier menant au premier étage pendant quelques secondes. Puis, je refermai la porte et parti m'asseoir sur mon lit.
Qui était-ce ? Marion qui venait récupérer le paquet de tabac qu'elle avait oublié chez moi la semaine dernière ? Non sa serait stupide de passer juste pour ça... Puis je l'aurais probablement déjà entendu trébucher sur la première marche de l'escalier comme à son habitude. Qui d'autre ? Sandra peut-être, qui aurait besoin de parler à cause de sa rupture de la veille ? Possible...

On frappa à la porte. « Ouais ? Fis-je ».

Une seconde passa, puis la poignée tourna lentement, et la porte s'ouvrit. La tête de Léa apparut dans l'entrebâillement.
« Salut... Dit-elle timidement ».
Je restai bouche bée à la fixer pendant de longues secondes, avant de répondre « Salut » à mon tour.
« J'espère que je ne te dérange pas... Demanda-t-elle l'air gênée
- Non, non...
Elle resta un moment debout, les mains croisées devant elle, à se tortiller nerveusement les doigts. Encore quelques secondes de silence...
- Vas-y, assieds-toi. Dis-je finalement.
Elle se dirigea vers le lit et s'assit à côté de moi. Ses gestes étaient lents et prudents, comme si elle avait peur de casser quelque chose. Quand elle fut à mes côtés, elle ne me regarda tout d'abord pas, scrutant chaque recoin de ma chambre d'un ½il inquiet, comme s'il s'agissait d'un lieu hostile.
« Tu vas bien ? Demandais-je pour briser le silence
- Oui sa va merci, répondit-elle en se forçant à sourire.
- Comment as-tu su où j'habitais ?
Je m'aperçus que ma question était stupide aussitôt après l'avoir posé, et que j'en connaissais déjà la réponse.
- C'est Alicia qui me l'as dit, répondit-elle, confirmant ainsi ma pensée.
Elle semblait toujours tendue. Je baissais les yeux et pu voir ses mains crispées sur ses genoux. J'entrepris de poser ma main sur son épaule, dans un geste qui se voulait rassurant par sa lenteur. Léa ne réagit pas immédiatement. Je me rapprochais d'elle et l'enserrai par la taille. Elle eut l'air de se détendre un peu, et m'accorda un petit sourire, que je lui rendis aussitôt.
- Je voulais m'excuser pour ce matin...Commença-t-elle.
Elle baissait de nouveau les yeux d'un air gêné.
- Oui ? Fis-je
- ... D'être parti si précipitamment, continua-t-elle, tu as du te poser des questions...
- Oui, quelques-unes... Répondis-je d'un air détaché
- Mais ça n'était pas contre toi, je t'assure ! S'empressa-t-elle d'ajouter en relevant la tête vers moi.
Je lui pris sa main dans la mienne et en massai doucement le dos avec mon pouce.
- Ne t'inquiète pas... Je ne t'en veux pas. Tu étais choquée, c'est normal...
Elle ne répondit rien. Au lieu de cela, elle me gratifia d'un nouveau sourire qui, comme les précédents, me donna la sensation d'un courant électrique traversant tout mon corps de haut en bas. C'était si agréable, si rafraîchissant... Les quelques rayons de soleil filtrant à travers mon store baissé éclairaient son visage, m'offrant ainsi le plaisir d'en contempler chaque détail. En effet, l'obscurité qui régnait lors de notre première rencontre m'avait privé de cette magnifique vision.
Je la trouvais incroyablement belle. Sa peau était si fine que j'avais l'impression de voir la lumière du soleil passer au travers. Son petit nez légèrement retroussé et ses grands yeux verts envoûtants, qui brillaient derrière les quelques mèches de cheveux recouvrant le haut de son visage lui donnaient un air félin. Ce côté animal semblait se retrouver dans sa façon de se mouvoir, on avait l'impression d'observer une chatte. Elle était superbe, à tout point de vue.

« Ca va ? Demanda Léa.
Je mis quelques secondes à réagir.
- Hein ? Quoi ? Fis-je finalement
- Tu me fixes bizarrement depuis tout à l'heure... J'ai quelque chose sur la figure ? Demanda-t-elle en portant sa main libre à son visage.
- Non, non, tu n'as rien. Assurais-je. Excuse-moi.
Elle rit doucement. Puis elle porta la main à son dos en émettant un petit gémissement.
Je m'empressais de demander :
« Ca ne va pas ?
- Ce n'est rien, dit-elle. J'ai juste un peu mal au dos. C'est parce que j'ai dormi dans l'herbe...
- Allonges-toi si tu veux, proposais-je.
Elle fixa mon lit quelques secondes, parut hésiter.
- Tu seras mieux, ajoutais-je.
- T'es sûr que ça ne te dérange pas ? Demanda-t-elle encore une fois avec le même air gêné.
- Non pas du tout.
- Bon...
Elle sembla hésiter encore quelques secondes, puis elle s'allongea avec précaution sur le matelas. Je vins m'installer à ses côtés.
Durant les premières secondes nous étions allongés sur le dos tous les deux, fixant le plafond. Puis je me tournais vers elle et pris sa main. Elle se tourna à son tour vers moi et je l'enlaçai. Nous étions de nouveaux proches, comme la nuit précédente, et j'étais de nouveau rassuré. Elle commença à me parler :
« Tu sais... Hier au Skate Park. J'étais tellement bien...
- Moi aussi... répondis-je sans même avoir eu besoin de réfléchir.
- Tu sais... Je...
Aucun son ne sortit de sa bouche.
- Oui ? Fis-je
Elle tourna la tête, visiblement gênée.
- Ce que j'ai ressentit hier en étant avec toi... Murmura-t-elle. Je crois que je n'avais encore jamais ressentit ça...
Elle tourna de nouveau la tête vers moi, semblant attendre une réponse de ma part. Je ne pus résister à la tentation de poser mes lèvres sur les siennes. Je l'enlaçai et l'embrassai avec passion. Elle me rendit mon baiser. C'était la première fois que je ressentais du plaisir à embrasser quelqu'un. Je me mis à la serrer contre moi, si fort que j'eus crains de lui faire mal. Mais Léa ne faisait que me rendre mon étreinte. Nous restâmes ainsi une heure environ, sans rien dire. Nous n'avions pas besoin de parler. Il n'y avait aucun vide à combler. Nous étions dans un cocon de bonheur, hermétique au monde et à ses maux.

Nous restâmes ensemble toute la nuit, et jusqu'au petit matin.
Cette sérénité fut malheureusement troublée en milieu de matinée par la sonnerie de mon portable. C'est à contrecoeur que je lâchais Léa pour attraper mon téléphone sur ma table de chevet. Je le portai à mon oreille.

- Alo? Fis-je
- Wesh Hugo! C'est moi, Damien.
J'aurais dû m'en douter... Il n'y avait vraiment que lui pour oser me déranger dans un moment pareil.
- Ah salut Damien, répondis-je en essayant de cacher mon manque d'enthousiasme.
- Bah alors mon gars ? Qu'est-ce qui t'as pris hier ? Pourquoi t'es parti comme ça ?
- Oh rien laisse, j'avais juste envie de rentrer chez moi, mentis-je. J'étais fatigué.
- Ah ouais ? J'espère que tu t'es bien reposé, car ce soir Sandra fait une soirée chez elle. Ses vieux sont pas là.
- Sandra fait une soirée chez elle et t'es invité ? Demandais-je un peu surpris.
- Non je suis pas invité. Mais t'inquiète pas, elle ne me jettera pas dehors. Elle est encore beaucoup trop amoureuse de moi pour m'empêcher de venir. Elle doit sûrement penser qu'elle a une chance de se remettre avec moi... Quelle conne !
Trente secondes. Il n'aura fallu que trente secondes pour que je me mette de nouveau à haïr Damien. Record battu.
Je décidai de changer de sujet pour ne pas m'énerver contre mon « ami ».
- Léa peut venir ? Demandais-je
Damien émit un petit rire.
- Hmm Léa hein ? Bien sûr qu'elle peut venir. Je ne voudrais pas priver cette charmante demoiselle de ma présence...
Je ne répondis pas.
- Hugo ? T'es toujours avec moi ? Demanda Damien après quelques secondes de silence
- Ouais, ouais. A quelle heure est-ce qu'on doit y être ?
- Vous avez qu'à venir vers 20h. Moi j'y serai un peu avant.
- Pourquoi ? Qu'est-ce que tu veux aller foutre chez Sandra en avance ?
- Hé hé...
- Quoi ?
- Je vais voir on sait jamais... Y'aura peut-être moyen que je tire un dernier coup pendant qu'elle est encore à fond sur moi. On verra bien...
J'eus la nausée. Je sentis la main de Léa sur ma joue. Ses quelques caresses suffirent à me calmer et à m'empêcher de traiter Damien de tous les noms. Je me contentai de le saluer et de raccrocher.
Je me retournai vers Léa. Elle était vraiment belle. Je la contemplai sans rien dire quelques secondes. Puis elle m'embrassa tendrement, et j'oubliai Damien.

Nous arrivâmes comme prévu chez Sandra aux alentours de 20h. Nous frappâmes à la porte et une longue minute passa avant que Sandra vienne nous ouvrir. Elle avait le visage écarlate et le souffle court. Sans doute avait-elle couru pour venir jusqu'au hall. Elle nous invita à entrer. Nous étions visiblement les premiers. Nous nous installâmes dans le salon. A peine nous étions nous assis que Sandra se dépêcha de nous proposer à boire. Une fois notre commande passée, elle se hâta vers la cuisine. Elle venait juste de quitter la pièce quand nous entendîmes l'escalier grincer. Les gémissements des marches de bois se firent plus proches et Damien apparut dans l'escalier. Ce dernier descendait les marches d'un pas hésitant tandis qu'il essayait de remettre son t-shirt. Quand il nous vit, il afficha un grand sourire, et se précipita vers Léa pour lui faire la bise. Puis, quand il remarqua enfin ma présence, il se força à sourire pour ne pas laisser voir la frustration qui était montée en lui à la vue de son concurrent.
Sandra revint avec trois bières. Elle en posa deux en face de Léa et moi, en nous adressant un sourire qui se voulait chaleureux. Elle posa la dernière devant Damien sans même accorder un regard à ce dernier. En regardant de plus près, il me sembla la voir rougir.
Durant la demi-heure qui suivit, nous discutâmes de tout et de rien. Damien essayait inlassablement de faire rire Léa, à gros coups de vannes douteuses et de clin d'½il lourds qui, je l'espère, ne faisaient qu'attiser le dégoût de Léa envers lui. Quant à Sandra, elle ne jeta pas un seul regard à Damien pendant tout ce temps. Qui plus est, elle baissait les yeux et se taisait quand son ex-petit ami prenait la parole.
Fort heureusement, cette situation gênante ne s'éternisa pas, et aux alentours de 20h30, on entendit la sonnette de l'entrée résonner dans le hall. Marion et Jonathan furent les premiers. Puis Alicia et Romain arrivèrent dix minutes plus tard, suivis de très près par Victor.
La soirée commença comme n'importe quelle autre soirée. Jonathan commença à rouler ses premiers joints en compagnie de Damien, tandis que Alicia accompagna Sandra à la cave pour tenter de dénicher quelques vieilles bouteilles d'alcool appartenant à son père.
Quant à moi, j'essayai le plus possible de rester près de Léa, tout en surveillant Damien du coin de l'½il. Cependant, guetter tous les faits et gestes de Damien se révéla vite fatiguant, et je n'eus d'autre choix que de m'en remettre entièrement à la confiance que je portais à Léa.
Il était environ 22 heures quand Sandra proposa d'allumer le barbecue. Elle et Romain se dirigèrent dehors pour préparer notre repas, essentiellement constitué de merguez et de chipolatas, avec peut-être, si Dieu nous l'accorde, un petit pot de sauce barbecue pour assaisonner nos saucisses. Nous nous retrouvâmes tous autour de la table de jardin, à savourer notre « dîner ». Pas de sauce barbecue en vue, mais le Seigneur, dans son infinie miséricorde nous fit don d'une demi-douzaine d'entrecôtes grillées que nous dégustâmes tous avec satisfaction.
Léa demanda à ce que son entrecôte soit bien saignante. Quand son assiette lui fut amenée, elle resta plusieurs secondes à contempler la viande avec un air admiratif.
« Tu attends qu'elle te saute dans la bouche ? Demandais-je d'un faux air moqueur
Elle rit. De bon c½ur. Du moins c'est ce qu'il me sembla.
- Non c'est juste que sa m'a l'air tellement délicieux ! M'expliqua-t-elle
J'acquiesçai sans vraiment réfléchir à ce qu'elle m'avait dit.
- C'est fou comme j'adore la viande, ajouta-t-elle. Pas toi ?
- Euh si. Répondis-je mollement.
Elle me regardait comme si elle attendait une argumentation complète et détaillée de mes goûts culinaires.
- C'est juste que j'en ai peut-être un peu trop mangé ces derniers temps, ajoutais-je pour compléter ma réponse.
Elle me regarda encore quelques secondes, puis se concentra de nouveau sur son entrecôte. Je pu la voir planter sa fourchette à l'intérieur, et la retirer tout en fixant d'un air fasciné le sang qui s'écoulait lentement des quatre petits orifices.
Je fus pris dans une conversation passionnante avec Romain et Jonathan, sans me rendre compte que Léa n'était plus avec moi.
Au début rien ne m'alarma. Jusqu'à ce que je me rende compte que Damien avait lui aussi disparu. La lumière du salon étant allumée, je pouvais parfaitement voir ce qui se déroulait à l'intérieur de la maison sans bouger de la terrasse. C'est ainsi que je vis Léa et Damien installés sur un des canapés, en train de discuter. Aussitôt, les voix de Romain et Jonathan me semblèrent incroyablement lointaines, jusqu'à en disparaître complètement. Je ne bougeais plus, me contentant de fixer la scène qui se déroulait quelques mètres devant mes yeux.
Damien souriait. Léa souriait aussi. Damien riait et Léa l'imitait. Damien se rapprocha de Léa, et cette dernière n'esquissa pas le moindre mouvement de recul. Puis, il leva son bras et le posa sur le dossier du canapé, derrière elle. Je me levai. A l'intérieur, Damien posa sa main sur l'épaule de Léa. J'entrai en trombe dans le salon.
« Qu'est-ce que tu fous espèce d'enfoiré ? Beuglais-je en me dirigeant vers Damien.
Celui-ci tourna la tête vers moi, et me regarda de ses yeux brillants, sans pour autant ôter ses sales pattes de ma Léa. Il eut une sorte de rictus hilare, de ceux qu'ont les personnes saoules.
« Ah Hugo... Mon pote! Ca va ? Me lança-t-il d'un ton qui se voulait amical.
Léa quant à elle me regardait d'un air confus. Elle semblait comprendre qu'elle avait quelque chose à se rapprocher.
Cependant, mes yeux restèrent braqués sur Damien, qui avait entreprit de se lever en titubant. Quand il fut enfin à peu près droit devant moi, je me rapprochai de lui et le saisit par le col.
« Espèce d'ordure ! Lui crachais-je au visage.
- Woo hoo arrête ! Protesta mollement Damien
- Je t'interdis de t'approcher de Léa ! Ajoutais-je en le secouant violemment.
Il parvint à se libérer de mon étreinte en se laissant tomber sur la table basse. A ce moment, je luttai de toutes mes forces pour ne pas le frapper à la tête. Il se redressa péniblement, avec un air plus agressif cette fois. Il pointa son index devant mon visage.
« Je t'emmerde Hugo ! Fit-il, je fais ce que je veux !
Je sentais le sang battre de plus en plus fort dans mes tempes tandis que ma colère grandissait. J'étais près à me jeter sur Damien d'une seconde à l'autre, il n'y avait besoin que d'un mot de plus.
C'est alors que Léa s'immisça entre nous deux.
« Calmez-vous ! S'interposa-t-elle, vous n'allez pas vous battre pour ça !
Damien pouffa.
- Ho ho ! Fit-il, tu te fais défendre par ta petite chérie Hugo ?
Je ne rétorquai pas, mais serrai les poings, prêt à frapper. Léa se tourna vers Damien.
- Tu ferais mieux de rentrer chez toi, lui dit-elle en lui prenant le bras, tu as trop bu et...
- Ta gueule ! Répondit Damien en se dégageant vivement.
Léa tenta une fois de plus se saisir Damien, par la taille cette fois, pour le calmer. Mais ce dernier la prit par les épaules et la jeta brutalement sur le côté. Elle tomba violemment sur le carrelage et émit un gémissement de douleur en le heurtant. Je vis rouge, et fondit sur Damien.
Nous nous retrouvâmes nous aussi sur le sol. J'étais à cheval sur mon ami, lui matraquant le visage de coups de poing. Damien criait en essayant vainement de se protéger avec ses avant-bras. Finalement, il parvint à me faire rouler sur le côté et à se dégager. Il ne chercha pas pour autant à reprendre l'avantage dans le combat et se leva aussi vite qu'il put, et retomba à genoux, se retenant à la table basse. Je demeurai à terre et le contemplai. Son visage avait viré au cramoisi et un fin filet de sang s'écoulait de sa narine gauche.
- Sale con ! Lâcha-t-il, le souffle court.
- Merde mais qu'est-ce qui se passe ici ? Demanda Sandra paniquée.
Elle venait juste de pénétrer dans son salon pour découvrir deux de ses amis à terre, et un troisième en train de pisser le sang sur sa table basse. Je regardai en direction de la porte de la véranda et vis Romain et Jonathan, qui étaient probablement là en train de suivre la scène depuis le début, sans oser intervenir.
Damien balaya la pièce du regard, toujours haletant. Il se releva en vacillant. Je commençai à me redresser également, prêt à reprendre le combat. Mais finalement, Damien se contenta de s'éloigner de moi en chancelant, sans me quitter des yeux.
- Pour qui est-ce que tu te prends Hugo ? Haleta-t-il.
A côté de moi, Léa remua. Sandra se dirigea vers elle et l'aida à se relever. Damien poursuivit :
- Tu crois que Léa t'appartient parce que t'es arrivé le premier ? C'est ça hein ?
Je vis Sandra emmener Léa en direction de la cuisine.
- Tu comprends pas que les femmes comme Léa ont besoin d'un vrai mec ?! Continua Damien. Qu'est-ce tu veux qu'elle fasse d'un pauvre petit puceau comme toi hein ?
Je m'avançai de nouveau vers Damien, mais ce dernier partit en direction du hall et ouvrit la porte d'entrée. Il se tourna une dernière fois vers mes amis et moi et nous jeta un regard méprisant.
« Allez tous vous faire foutre ! Lâcha-t-il avant de s'en aller en claquant la porte violemment. »
Nous restâmes silencieux. Finalement Jonathan s'avança vers moi et me prit par l'épaule.
- Ca va Hugo ? S'enquit-il.
- Ouais, ouais... T'inquiète pas.
- Putain, mais qu'est-ce qu'il s'est passé ? Demanda-t-il
- Laisse tomber... Fis-je.
Je ne me sentais pas d'humeur à raconter une scène à laquelle il avait probablement assisté, mais dont ils avaient juste envie d'entendre parler. Je n'avais qu'une seule envie : aller retrouver Léa et quitter cet endroit. Je me dirigeai donc vers la cuisine. Je tombai sur Sandra dans le couloir. Elle était seule.
« Léa est parti ! M'annonça-t-elle avant que j'eus le temps de demander quoique ce soit.
- Comment ça partie ?
Sandra porta la main à sa bouche comme si cette histoire la touchait profondément.
- Je ne sais pas. Je n'ai même pas pu la faire s'asseoir, elle est partie sans rien dire !
Je restai silencieux. Je me dirigeai vers le hall et saisit la poignée de la porte d'entrée.
- Ramène Damien s'il te plaît ! Me lança Sandra tandis que je m'apprêtais à sortir. J'ai tellement peur qu'il lui arrive quelque chose !
Je ne répondis pas et sortis en claquant la porte.

Il faisait très sombre dehors. Seul un lampadaire sur trois fonctionnait et la pleine lune était entièrement masquée par les nuages. Une légère brise vint taquiner mes bras nus et me fit frissonner. Il n'y avait pas un bruit autour de moi, et je ne vis aucune trace de Léa ou de Damien. Je déambulai quelques minutes dans la rue, sans trop savoir où chercher. Finalement, je pris le chemin du Skate Park, en étant parfaitement conscient que je risquais de tomber sur Damien allongé sur un coin de la route.

Je marchai durant une bonne vingtaine de minutes avant d'atteindre le Skate Park. Intuitivement, je me dirigeai vers les balançoires où j'avais rencontré Léa la première fois, espérant qu'elle ait pu finir sa petite escapade nocturne ici La balançoire où je m'étais assis la première fois était inoccupée. Je pu en revanche distinguer une silhouette sur celle d'à côté, qui se balançait doucement.
« Léa ? Fis-je »
La personne assise releva la tête. Je vins m'asseoir à côté d'elle.
- Léa... Je suis désolé pour tout à l'heure...
- Ce n'est pas grave. C'est de ma faute aussi... Murmura-t-elle les yeux rivés vers le sol
-Non... Non...
Elle me regarda.
- Si. Je n'aurais pas du rester avec lui alors qu'il avait bu. C'est juste que... Enfin je ne voulais pas le vexer non plus, il avait l'air gentil...
- Non ce n'est pas de ta faute... C'est juste toi qui es trop gentille. Puis je n'aurais pas dû te laisser seule avec lui. Je suis désolé.
Je lui pris la main. Elle esquissa un sourire.
- Léa... Je...
- Oui... ?
- Non rien...
Elle sembla déçue, puis elle caressa doucement ma joue, en m'offrant son plus beau sourire. J'étais de nouveau nez à nez avec un ange.
- Hugo, je t'aime. Dit-elle doucement.
Je ne pu m'empêcher de la serrer dans mes bras de toutes mes forces. Je sentis quelque chose d'humide dans mon cou, et je compris qu'elle pleurait.
- Je t'aime tellement, si tu savais... Chuchota-t-elle. Je sais, sa ne fait que trois jours qu'on se connaît mais... C'est bizarre, je n'ai jamais ressentit quelque chose d'aussi fort pour quelqu'un...
L'émotion me nouait la gorge, et ce n'est que difficilement que je pu répondre :
- Moi non plus...
Je l'embrassai aussi passionnément que j'en fus capable, comme si ce baiser était le dernier. Nous étions de nouveau dans notre bulle, hermétique au monde extérieur et à ses maux. Pour rien au monde je n'aurais souhaité abandonner cette plénitude.
« Tu es la plus belle chose qui me sois jamais arrivé, lui dis-je en l'enlaçant de nouveau. »
Mon Dieu comme je l'aimais... J'aurais voulu ne faire qu'un avec elle, que nous restions unis pour l'éternité, qu'on partage chaque instant de notre vie ensemble, que...

Mon portable sonna.
Je tentai de l'ignorer, mais Léa relâcha son étreinte, pensant sûrement que je souhaitais répondre. Je pris donc le téléphone en main et ouvrit le clapet, avant de le porter à mon oreille.
- Allo ? Fis-je
Au bout du fil, la voix paniquée de Sandra m'agressa les tympans :
- Hugo ! Oh mon Dieu Hugo c'est horrible ! Sanglota-t-elle.
- Qu'est-ce qui se passe ? Demandais-je.
- Oh mon Dieu, Hugo... C'est Damien ! Il... Il...
- Eh ben ?
- Il est mort ! On l'a tué ! Hugo quelqu'un à tué Damien !
Je vis Léa se redresser vivement. Le volume de mon téléphone portable était tellement élevé, et Sandra parlait tellement fort, qu'elle entendait probablement tout ce qui se disait très clairement.
- Qu'est-ce que tu racontes ? Demandais-je à Sandra tout en prenant la main de Léa.
Dans le ciel, les nuages commençaient à se dissiper, laissant de nouveau apparaître la pleine lune, plus lumineuse que jamais.
A l'autre bout du fil, Sandra ne parvenait même plus à aligner correctement ses mots :
- Horrible... Son ventre... Ouvert... Du Sang... Partout... Mon Dieu, Mon Dieu...
Léa ouvrait et fermait la bouche, sans parvenir à émettre le moindre son. J'écartai lentement la main de mon oreille. Au téléphone, Sandra continuait de brailler es choses sans queues ni têtes. Je raccrochai.
Je vis alors Léa fixer mon avant-bras d'un air incrédule.
« Hugo... Murmure-t-elle. Ta main...
Je baisse les yeux. Ma main a déjà commencé à se couvrir de poils.
- Aïe ! Fait Léa en retirant vivement sa main de la mienne.
Je comprends que mes griffes en train de pousser l'ont coupé à la paume. Léa est comme paralysée, et tandis que ma transformation se poursuit, elle reste là, immobile à me fixer.
Ses yeux se remplissent d'incompréhension tandis que les miens s'emplissent de folie meurtrière. La peur lui commande de fuir, mais l'amour la maintient immobile. Mais le rêve ne met pas permis. Je fonds sur elle et plante mes crocs dans sa gorge. Ma bouche se gorge de son sang tandis que perlent sur mon front ses dernières larmes. Peu à peu, la vie quitte son corps et elle tombe doucement dans l'herbe. Tandis qu'elle rend son dernier soupir, elle passe lentement ses doigts tremblant dans ma crinière noire. Elle est morte.


Je hurle à la lune. Je hurle à la mort. Cette fois cet astre qui fut si souvent synonyme de sang et de mort n'a pas réussi à ôter de mon âme toute trace d'humanité. Il n'a pas pu retenir mes larmes. De toute part du monde, on n'aura jamais vu pleurer un loup. Si l'amour ne m'a pas délivré de ce maléfice, il me l'a au moins fait oublier.
Je suis de nouveau seul. Je l'ai toujours été. Mais au fond, nous sommes tous comme des loups solitaires, se forçant à vivre en meute pour tromper cet isolement. Mais l'on est toujours seul face à la mort et la souffrance qu'elle engendre. Et si par chance, le bonheur semble s'esquisser dans notre vie, il ne pourra que finir par partir, nous abandonnant avec un vide encore plus grand qu'auparavant. Peut-être que certaines personnes sont nées pour souffrir, tandis que d'autres sont venus sur cette terre pour les faire souffrir. Je ne sais pas si je suis bourreau ou victime. Probablement les deux. Comme tout le monde. Je continuerai à être un monstre qui sème la mort autour de lui, jusqu'à ce que cette dernière m'emporte à mon tour.



FIN

# Posté le samedi 07 octobre 2006 13:34

Modifié le lundi 16 juillet 2007 12:04

Escapades Nocturnes (Partie I)

Dernière nouvelle... Bon vu comme c'est parti, sa risque d'être assez long. donc, je vais poster ma nouvelle en plusieurs parties. Perso, je trouve sa plus facile à gérer quand je procède par chapitres. En plus, sa évitera de décourager les gens qui entreprennent de lire mon histoire. Voilà sinon bonne lecture et des critiques me feraient vraiment plaisir, car je pensais modifier certaiens choses, mais je suis pas sûr de moi, donc vos avis m'intéressent beaucoup ^^.


Escapades Nocturnes


Escapades Nocturnes


Vendredi soir. Ma chambre n'était éclairée que par la lumière bleutée de la télévision. J'étais installé sur mon lit, mon portable à la main. Je ne l'avais pas lâché depuis l'instant où j'avais décidé de me mettre à somnoler devant la télévision, soit environ deux heures auparavant. J'attendais un message, ou un appel qui m'avertirait d'une quelconque soirée pour le lendemain.
Mais le téléphone restait désespérément silencieux au creux de ma main. Cette dernière était d'ailleurs si engourdie que mon portable aurait pu vibrer sans que je m'en rende compte.

Je fus tirer de mon état semi comateux par le petit jingle annonçant le début du journal télévisé. Je me frottai les yeux et baillai longuement. Je me redressai sur mon lit.
Sur le petit écran, le journaliste fit son apparition. Je posai mon téléphone sur ma table de chevet.
Je fus peu attentif aux 20 premières minutes, au cours desquelles il était surtout question de politique. Quand le plus gros des informations fut passé, le journaliste passa à des nouvelles plus régionales et de moindres importances.

« Un nouveau cas de mutilation de bétail observé à Villette d'Anthon dans l'Isère. En effet, c'est la troisième fois depuis le début de l'été que des animaux d'élevages, tels des vaches, des moutons ou encore des porcs sont retrouvés en partie dévorés. Aucune explication n'a encore pus être apportée à cette étrange affaire... ».

Mon téléphone se mit à vibrer sur le bois et je sursautai. Je m'empressai de répondre : « Allo ? »
« Hugo ? C'est Damien. Sa va bien ? »
Un nouvel espoir naquit au fond de moi. Il m'appelait certainement pour m'annoncer une soirée de dernière minute.
« Génial ! Et toi ? »
- Ca va, ça va... Alors quoi de neuf ? T'as maté les infos juste à l'instant ?
- Ouais, ouais, l'histoire des vaches et tout le bordel...
-Oui. Un truc de dingue hein ?
Je ne voyais pas l'intérêt de la discussion pour l'instant. Qu'attendait-il pour m'avertir du plan de demain ?
- Oui c'est fou, répondis-je sans grande conviction.
- Moi de me dire qu'il y'a peut-être un monstre qui rôde à moins de 500m de chez moi sa me fait carrément flipper, pas toi ?
-Arrête tes conneries. Tu ne m'as pas appelé juste pour me dire ça ?
Il se tut quelques secondes, sans doute un peu froissé du peu d'intérêt que je témoignais envers ses paroles.
- Non. Mais c'est pas sans rapport, dit-il finalement. Je t'explique : Demain soir y'a une bringue avec tout le monde. T'es libre j'espère ?
Quelle question...
- Oui y'a pas de problème. Sa se passe où ?
Damien ricana
- C'est là que sa devient intéressant... hé hé.
- Accouche.
Il laissa s'écouler quelques secondes, puis il lâcha :
- Ca se passe au Skate Park.
- Au Skate Park ? Tu veux dire celui de Villette ?
- Ouais, ouais, celui de Villette.
- Pourquoi là-bas ? Demandais-je surpris. En quoi c'est si intéressant ?
Damien laissa de nouveau échapper un petit rire.
- T'y est jamais allé ou quoi ?
- ...
- Putain mais Hugo ! C'est dans les champs qu'il y'a autour que les vaches et les moutons se font becter !
- Et alors ?
- Et alors ?! Bah je suis prêt à te parier qu'il y aura de nouvelles victimes demain soir ! Et je veux voir ça !
Le con...
- T'es complètement barge, tu le sais ça ? Pouffais-je
Il ignora ma remarque, et poursuivit sur le même ton excité :
- J'amène mon appareil photo ! Tu vas voir on va bien triper, surtout si on est sec, tu vois.
- Si tu le dis.
Je jetais un coup d'½il en direction de la télévision. On pouvait y voir des images peu ragoûtantes de vaches éventrés et de porcs décapités.
- On se retrouve à quelle heure ? Demandais-je
- Viens chez moi vers 19h. On ira acheter de quoi boire ensemble, puis on rejoindra les autres au Skate Park après.
- Ok sa marche.
- Bon allez je te laisse, ma batterie va bientôt me lâcher. Ciao.
- Ciao. A demain.

Damien raccrocha. Je mis le téléphone dans ma poche et reportai de nouveau mon attention sur le journal télévisé. On y parlait toujours de la même chose.
Un homme d'une soixantaine d'années s'adressait au reporter. Je compris à sa dégaine qu'il s'agissait d'un fermier, probablement le propriétaire des bestiaux massacrés.

« Ca va recommencer ! Comme le mois dernier, et comme celui d'avant ! Y'a quelque chose de pas naturel qui se passe dans le coin c'est moi qui vous le dis ! Il y'a quelque chose qui rôde dans les bois et qui s'attaque à mes bêtes ! La nuit dernière, j'ai même entendu des hurlements venant des bois ! Des hurlements de loup qu'on aurait dit ! Pas naturel tout ça... »

Le jeune reporter qui tenait le micro devant la bouche du vieil homme regardait ce dernier d'un air las. Sans doute aurait-il préféré être ailleurs, en train de couvrir un évènement important dans la capitale, plutôt que d'écouter les élucubrations d'un vieillard sénile.

Je m'emparai de la télécommande et éteignit la télévision. L'idée de passer la soirée devant ne m'enchantait pas du tout. J'ouvris le tiroir supérieur droit de mon bureau et en sortit des feuilles à rouler, du tabac ainsi qu'une petite boîte métallique contenant mon herbe. Je sortis par la fenêtre de ma chambre pour ne pas éveiller l'attention de mes parents. Une fois dehors, je me dirigeai au fond de mon jardin et je m'assis derrière un buisson. C'était la pleine lune, et la nuit était par conséquent relativement claire. Je n'eus ainsi aucun mal à rouler.
Je restai à fumer environ une heure. Puis mon estomac commença à gronder avec insistance. Les joints m'ont toujours donné incroyablement faim.
Je décidai donc d'aller grignoter quelque chose avant de regagner mon lit, où je dormis comme un bébé.

Je passai la journée de samedi à m'avancer pour mes devoirs de la semaine suivante. C'était plus raisonnable de travailler un maximum maintenant, car avec la cuite que je comptais me prendre durant la soirée, je n'aurais certainement pas été en état de faire quoi que ce soit d'intellectuel dimanche. Et puis, je ne suis pas catholique, mais je ne bosse jamais le jour du seigneur...

Quand 19h approcha, je me mis en tête de rassembler mes affaires. J'emportai avec moi un grand sac plastique solide, muni d'une fermeture éclair, dans lequel j'avais tassé un duvet, une veste et deux paquets de chips. J'aurais pu en mettre plus, mais il fallait que je garde de la place pour les bouteilles.
J'étais prêt à partir. Il ne me restait plus qu'à prévenir ma mère.

Je descendis à la cuisine, où cette dernière était en train de préparer le repas. Quand elle me vit, elle esquissa tout d'abord un sourire. Puis ses yeux se posèrent sur le sac contenant mon duvet et son expression se figea.
« Où tu vas ? Demanda t-elle la voix légèrement tremblante ».
- Je sors, répondis-je tout simplement
Sa mâchoire s'affaissa.
- Ton père n'est pas là Hugo...
Je lui jetai un regard dédaigneux.
- J'ai passé l'âge de me faire du souci pour vous, dis-je simplement.
Je ne restai pas pour attendre sa réponse et quittai la pièce.

Ce que j'aime l'été... Les couleurs, les odeurs, les sons... Tout me mets de bonne humeur. De plus, dans ma petite bourgade, les rues sont toujours très calmes en cette saison. J'ai souvent l'impression d'être le dernier être humain sur Terre, que tout ce qui m'entoure m'appartient. C'est très grisant, comme sensation.

J'arrivai chez Damien quelques minutes plus tard. Le portail était fermé, et il n'y avait aucune voiture dans l'allée. Je compris qu'il était seul chez lui.
Je pressai le bouton de l'interphone. Plusieurs secondes passèrent d'abord, puis je vis le rideau de la salle à manger s'écarter brièvement, et la tête de Damien surgit derrière la fenêtre.
Une petite alarme se fit entendre, et je pu pousser le portillon.
Arrivé à quelques mètres de la porte d'entrée, cette dernière s'ouvrit, et mon ami apparut sur le seuil. Il afficha un grand sourire béat et tendit les bras dans ma direction.
« Yeah Hugo ! Me lança t-il, sa me fait trop plaisir de te voir !
- Ouais moi aussi, répondis-je tandis que Damien m'étreignait avec passion.

Quand il me lâcha enfin, je le regardai dans les yeux. Ces derniers étaient comme des rubis dans ses orbites.
- T'es défoncé toi, fis-je.
Damien eut comme un léger sursaut, et l'air surpris, il me demanda :
- Ah ! Sa se voit tant que ça ?

Il m'invita à entrer. Nous nous dirigeâmes directement dans le salon.
« Mes vieux sont pas là, dit-il tout en s'installant sur le divan.
Je baissai les yeux vers la table, et pu apercevoir des résidus de tabac, de marijuana et un bang bleu foncé encore fumant.
- Je sais, répondis-je tout simplement.
Damien prit le bang et me le tendit.
- Non, dis-je, tu sais que je déteste ça.
- Bah ! Fit-il en prenant un air dépité, petit joueur va !
« Petit con, pensais-je ».

Je consultai ma montre. Il était presque 19h30, et le supermarché fermait à 20h.
- On devrait peut-être bouger, tu ne crois pas ? Proposais-je, sinon on aura pas de quoi se torcher ce soir.
Damien releva la tête dans ma direction, et dans une sorte de râle, recracha une épaisse fumée blanche, qu'il semblait avoir contenu dans ses poumons pendant de longues minutes. Il resta quelques secondes à me fixer au travers de cette petite nappe de brouillard, les yeux vides. Puis il acquiesça d'un hochement de tête, et se leva enfin.

Il fallait environ une quinzaine de minutes pour se rendre au supermarché. Vingt minutes si on prenait en compte le fait que mon camarade était complètement raide. Durant tout le trajet, ce dernier ne cessa de me raconter à quel point il s'était ennuyé chez lui aujourd'hui, et aussi à quel point il ne supportait plus les cours, son lycée, sa copine, ses parents, etc...
Je restai silencieux pendant tout l'aller.
Une fois au supermarché, nous nous dirigeâmes machinalement vers le rayon alcool. Notre choix fut vite fait : une bouteille de vin blanc, une autre de rosée et enfin une dernière de rouge. Nous passâmes à la caisse.

Nous dûmes attendre en retrait qu'une petite vieille termine de vider son caddie sur le tapis roulant. Tandis que nous patientons, Damien s'adressa à moi avec un petit sourire :
« J'ai une bonne nouvelle pour toi mon pote !
- Quoi ?
- Alicia ramène sa cousine ce soir !
Je ne répondis pas.
- Je ne l'ai pas vu, mais d'après Marion, elle est tout à fait charmante...
Il me jeta un regard entendu. Je fis mine de ne pas comprendre.
- Et alors ? Demandais-je
- Non rien... Je me disais juste que t'en avais peut-être marre de ta vie de célibataire...
Je décidais une fois de plus de ne pas rétorquer. Ce sujet m'agaçait, surtout quand c'était Damien qui m'en parlait. Heureusement, la petite vieille devant nous libéra enfin le tapis roulant, et Damien n'évoqua plus le sujet, trop occupé à fouiller ses poches à la recherche d'argent pour nos boissons.
Il y'a encore quelques mois, la caissière, toujours la même, nous demandait une pièce d'identité à chaque fois que nous venions nous fournir ici. Mais nous devinrent des habitués, si bien qu'elle ne nous demandait plus rien.

Nous reprîmes la route, tenant chacun un sac plastique. J'avais en ma possession le blanc et le rosée. Damien, quant à lui, veillait sur le rouge.
Ce dernier semblait en train de redescendre de sa perche tout doucement. Au bout de quelques minutes sans piper mot, il lâcha :
- J'ai pris mon appareil photo. Tu sais, le numérique, avec vision nocturne.
- C'est cool, répondis-je d'un air détaché.
Il reprit :
- Il fait des super photos. On verra tout en détail, comme s'il faisait jour.
Nous arrivions de nouveau en vue de sa maison. Le Skate Park était à environ deux minutes de marche plus loin.
- Tu sais Hugo, poursuivit-il, je suis sûr qu'on peut se faire de la thune, si on arrive à prendre de bonnes photos.
Je laissai échapper un petit rire.
- Et qu'est-ce que tu comptes prendre en photo ? Demandais-je
Damien se tut un moment, fixant ses chaussures. Puis il reprit d'un ton plus énergique cette fois :
- Tu sais, j'ai regardé le reportage jusqu'au bout hier. Il y'avait un fermier du coin qui témoignait.
- Oui, je l'ai vu. Un vieux cinglé.
- Oui sûrement... N'empêche qu'il n'avait pas totalement tort.
- A propos de quoi ?
- Bah, il se passe vraiment quelque chose de pas naturel ici.
Je ne répondis rien. Damien semblait sur le point de partir dans un de ses délires paranoïaques, comme il le faisait parfois après une consommation excessive de cannabis.
- Tu sais, j'ai pas mal réfléchi à tout ça, continua-t-il, et j'ai remarqué des trucs vraiment bizarres... T'as pas du tabac s'il te plaît ? J'ai fini mon paquet cet après-midi.
Je lui passai mon paquet de Amsterdamer.
- Les feuilles sont dedans, dis-je.
Il commença à rouler tranquillement sa cigarette, tout en poursuivant :
- Oui, donc je te disais... Les trucs qui arrivent en ce moment, tu te rappelles que c'est déjà arrivé, hein ? Le mois dernier, et encore le mois d'avant, tu te souviens ?
- Mouais.
- A chaque fois, les attaques ont duré une semaine, puis elles ont stoppé, brusquement. Etrange hein ? (Il marqua une pause) T'as pas du feu s'il te plaît ?
Je sortis mon briquet et le lui tendit. Nous arrivions en vue du Skate Park. Je pouvais en effet apercevoir le sommet de quelques obstacles disposés de part et d'autres de ce dernier. Le nouveau silence qui s'était installé tandis que Damien allumait sa cigarette fut une fois encore rompu par les élucubrations de ce dernier :
- J'ai pas mal cogité, tu vois. Je crois pas que ce soit dû au hasard ! Chaque mois, il y avait un évènement particulier qui était la cause de tout ce bordel !
Il avait décidément beaucoup de mal à cracher le morceau. Peut-être n'était-il en fin de compte pas assez défoncé pour ne pas savoir qu'il risquait d'être ridicule s'il allait au bout de sa pensée.
Je décidai de l'aider un peu.
- Bon allez accouche, l'incitais-je, à quoi tu penses ?
Pour la première fois depuis que l'on avait quitté le supermarché, il leva les yeux vers moi. Il sembla inspirer profondément et longuement. Puis finalement, dans un souffle, il lâcha :
- Je crois que tout ceci est dû à la pleine lune.

Il resta à me fixer, guettant ma réaction. Je décidais de m'arrêter, et de lui parler sérieusement.
- Bon Damien, écoute-moi, dis-je lentement, je sais à quoi tu penses. Et je te conseille fortement d'oublier ça. Ne vas pas débiter ce genre de théories à deux balles aux gens ce soir.
Il baissa de nouveau les yeux.
- Et oublie aussi cette histoire de photos, poursuivais-je, c'est débile. Tu ferais mieux de profiter de la soirée, et de t'occuper un peu de Sandra. Elle va bientôt plus te supporter si tu continu à faire le con avec elle comme ça...
Damien ne disait toujours rien. Je l'avais probablement vexé. Il sembla enfin vouloir répondre quelque chose, mais il fut coupé dans son élan par la voix de Marion, qui venait juste de nous apercevoir du haut d'un obstacle.
« Damien ! Hugo ! Cria-t-elle à notre attention »
Cette dernière faisait de grands signes dans notre direction. Je lui adressait un sourire et fis un petit signe de la main. Puis je me tournai de nouveau vers mon ami, et posa ma main sur son épaule.
« Essaye d'assurer ce soir, dis-je »
Il resta immobile quelques secondes. Puis il secoua la tête avec dédain en émettant un petit rire, et reprit sa route en direction du Skate Park. J'attendis qu'il prenne quelques mètres d'avances, puis je le suivis.


La soirée s'annonçait bonne. Nous avions suffisamment d'alcool pour tenir un siège, et de quoi fumer en abondance. Tout le monde était là, aucun de mes amis ne manquait à l'appel. Ces derniers ne nous avaient d'ailleurs pas attendu pour commencer à s'amuser. Déjà quand nous arrivâmes, je pus apercevoir les premiers signes d'ivresse chez certains de mes camarades. Marion, par exemple, qui m'avait sauté au cou pour me dire bonjour.
« Je suis trop contente de te voir Hugo... M'avait-elle dit, l'½il humide, avant de repartir en titubant légèrement ».
Je vis un groupe de personnes assises près de l'aire de pique-nique. Je marchai dans leur direction. Tandis que je me dirigeai vers eux, j'aperçus du coin de l'½il Damien, légèrement à l'écart, en pleine discussion avec Jonathan ; son ami, mais avant tout son principal fournisseur.
Près de l'aire de pique-nique, je trouvai Alicia, Romain, Victor et Sandra. Il y avait également une autre fille que je n'avais jamais vue. J'en déduis qu'il devait probablement s'agir de la cousine d'Alicia.
C'était une fille plutôt mignonne, qui faisait à peu près ma taille. Elle avait des yeux noisette et de longs cheveux châtains qui lui recouvraient presque entièrement les joues. Elle me salua timidement, et s'éloigna de nouveau, avant même que j'eus le temps de l'observer en détail.


Quand j'arrivais au niveau de Sandra, cette dernière me demanda aussitôt :
« Où est Damien ? »
Je pivotais légèrement sur moi-même et désignait ce dernier – toujours en compagnie de Jonathan à l'autre bout du Skate Park – d'un hochement de tête.
Sandra sembla se froisser. Je pris un air conciliant.
« J'ai essayé de lui parler cette semaine, dis-je doucement, j'ai pas pu en tirer grand-chose. Il ne se rend toujours pas compte de quoi il est responsable... »
Sandra esquissa un sourire.
- Merci Hugo, répondit-elle simplement.
Puis elle partit en direction de Damien. Quant à moi, je décidai de débuter la soirée.

Je m'avançais vers la table en pierre sur laquelle était posé plusieurs paquets de chips –entamés pour la plupart – ainsi que divers bouteilles d'alcool. Je déballais les miennes et les présentai à mes compagnons. Ces derniers les accueillirent avec des petits cris de joie. Nous décidâmes de goûter au rosée, excellent pour débuter une soirée.

Très vite, les esprits s'échauffèrent, et avant même que la nuit ne tombe, j'étais pratiquement déjà au summum de l'ivresse.
Je décidai de stopper là. En effet, je ne tenais pas à m'écrouler ivre mort et louper le reste de la soirée. Je pris donc la décision d'aller marcher un peu aux alentours, et de profiter du crépuscule.
Je ne sais pas si l'on peut considérer que je suis quelqu'un de solitaire. Cependant, j'ai souvent ressentit le besoin de m'isoler, alors même que je m'amusais avec les autres. Peut-être qu'en fin de compte, même après ces deux années passées entourés de mes amis, je garde encore des traces de mon passé de marginal introverti et antipathique.

Tandis que je m'éloignais du Skate Park, j'aperçus une ombre, à quelques mètres en face de moi. Je reconnus Sandra. Cette dernière marchait à petits pas rapides dans ma direction. Quand elle fut à moins de deux mètres, je pus distinguer son visage. Je m'aperçus alors que des larmes coulaient sur ses joues.
Elle voulut passer à côté de moi rapidement, sans me regarder. Je lui attrapais le bras au passage pour la retenir. Elle fit mine de vouloir se libérer mollement, mais je la tirai vers moi et l'enlaçai. Elle cessa de lutter, et se laissa aller à pleurer sur mon épaule. Nous restâmes un petit moment ainsi.
« Qu'est-ce qui s'est passé ? Demandais-je quand elle me sembla plus calme.
Elle releva la tête, et renifla.
- C'est Damien... Sanglota-t-elle. C'est fini...Il m'a lâché.
Je ne fus pas surpris. Je savais que cela arriverai tôt ou tard. Je resserrai un peu mon étreinte.
- C'est pas si grave, la consolais-je, c'est mieux comme ça, tu sais... Tu mérites mieux...

J'aurais aimé être en mesure de la réconforter mieux que ça, mais j'étais trop soûl pour faire autre chose que lui débiter toutes les conneries que l'on sort habituellement aux personnes dans sa situation.
Sandra continuait de sangloter, me racontant à quel point Damien avait été odieux avec elle, comme il l'avait rabaissé, comme il avait dragué la cousine d'Alicia sous ses yeux, etc...
Je fis semblant d'écouter ses lamentations encore quelques minutes, puis je la lâchais, en lui conseillant de rejoindre les autres, et de s'amuser un peu.
- Merci Hugo, dit-elle doucement, t'es un véritable ami...
Elle repartit.
« Enfin seul... me dis-je »

J'avais très envie d'uriner depuis plusieurs minutes. Maintenant que j'avais pu me débarrasser de Sandra, je partis en quête d'un arbre ou d'un quelconque buisson pour me soulager. Une fois ma petite affaire réglée, je décidais de poursuivre ma petite escapade nocturne en direction des champs.
Tandis que j'approchais de la route, je tombai sur Damien. Ce dernier était allongé sur le dos sur le bas-côté, fumant paisiblement. Quand il m'aperçus, il se redressa et leva la main dans ma direction.
« Wesh Hugo ! Lança-t-il à mon attention »
Je ne pouvais plus faire semblant de ne pas l'avoir remarqué. Je m'avançais vers lui.
- Alors ? Comment sa se passe pour toi cette petite soirée ? Demanda-t-il
- Sa peut aller... répondis-je. Et toi ?
- Sa va on ne peut mieux !
Il se laissa de nouveau tomber dans l'herbe.
- Je suis un homme libre, Hugo ! Ajouta-t-il d'un air satisfait
- Ouais, je sais. Je viens de croiser Sandra.
- Ah oui ? Et comment va-t-elle ?
- Mal.
Il pouffa.
- Je suis probablement une grosse perte !
- Non sa va, elle survivra.
Damien prit un air indigné. Puis il ria de nouveau.
- Dis-moi Hugo, dit-il en levant la tête vers moi, tu ne saurais pas où est passé Léa ?
- Léa ?
- La cousine d'Alicia.
- Non, aucune idée.
Damien jura entre ses dents.
- Va falloir que je la retrouve alors... Soupira-t-il en se relevant avec peine.
- Qu'est-ce que tu lui veux ? Demandais-je.
Je vis les dents blanches de Damien apparaître dans l'obscurité tandis que ce dernier me souriait.
- La pauvre doit se sentir seule, dit-il d'un air faussement désolé. C'est vrai quoi. Elle débarque dans un endroit inconnu, elle ne connaît personne... Faut bien que quelqu'un lui tienne compagnie !

Sur ces mots, il jeta son joint sur la route, et repartit en direction du Skate Park en sifflotant. J'étais de nouveau seul.
Je restais un moment immobile, les yeux fermés, la tête penchée en arrière, à profiter du silence. Quand j'écartai de nouveau les paupières, je vis la pleine lune, en partie cachée par les nuages. J'inspirais profondément. L'air de la nuit était vivifiant. Tous mes sens étaient aux aguets. Je me mis à contempler les champs de maïs devant moi, ainsi que les enclos où était parqué le bétail. Je fus prit d'une irrésistible envie de courir, de sentir l'air me fouetter le visage tandis que je gambaderais follement entre les épis de maïs.
La lune se faisait de moins en moins prude tandis que sa robe de nuages glissait lentement, laissant apparaître ses rondeurs stimulantes. Je la contemplais encore quelques secondes, puis je me lançai à travers champs.

Je ne saurais dire combien de temps a duré ma petite escapade. Je ne suis même pas sûr de tout me rappeler. J'avais couru pendant de longues minutes, m'éloignant de près d'un kilomètre de mon point de départ. Puis j'étais revenu en marchant jusqu'au Skate Park, en coupant à travers les prés réservés aux moutons.
De retour au Skate Park, je décidai de ne pas rejoindre immédiatement mes camarades, et de m'arrêter quelques minutes dans un coin pour me reposer tout en fumant une cigarette.
Je parti à la recherche d'un endroit paisible, à l'abri des regards. Mon choix se porta sur l'aire de jeu pour enfant, situé à environ une vingtaine de mètres en contrebas du Skate Park. Je pouvais distinguer les silhouettes de plusieurs jeux en bois, des balançoires, ainsi qu'un petit tourniquet et un bac à sable.
Je décidai de m'installer sur une balançoire. Je commençai à rouler ma cigarette. La pleine lune était de nouveau cachée par les nuages, ne me facilitant pas la tâche. De plus, une légère brise s'était levée, faisant doucement onduler la balançoire à côté de la mienne. Je parvins à rouler quelque chose d'à peu près convenable, et cela malgré l'évidente opposition des éléments envers le tabagisme.
Je fouillai mes poches à la recherche d'un briquet. Sans succès.
« Merde ! Lâchais-je, dépité ».
Je m'apprêtais à me lever pour partir en quête d'un briquet auprès de mes camarades quand soudain, un déclic se fit entendre derrière moi. Je me retournais vivement en direction du bruit. J'aperçus une petite flamme qui oscillait doucement au gré du vent à environ deux mètres devant mes yeux.
« Tu veux du feu ? demanda une voix dans l'obscurité »
La flamme disparut avant que j'aie le temps de reconnaître la personne qui tenait le briquet. Mon mystérieux interlocuteur se rapprocha de moi, contourna la balançoire libre et s'assit dessus. Je fixai attentivement cette silhouette fantomatique, espérant apercevoir un visage. D'étranges ombres ondulaient devant sa tête et son buste. Je compris alors que si j'avais tant de mal à discerner ses traits, c'était tout simplement parce que ses longs cheveux lui recouvraient presque entièrement le visage.
« Léa... ? Demandais-je doucement. »
Elle leva la tête, et je pu presque voir ses yeux.
- Tiens, tu te souviens de moi ? Sa me fait plaisir...
Elle me tendit le briquet.
- Elle va pas s'allumer toute seule tu sais... murmura-t-elle amusée.
J'en avais oublié ma cigarette, toujours serrée entre mes lèvres. Je pris le briquet et l'allumai. Je profitai de la lumière de la flamme pour essayer de mieux voir le visage de Léa. Sans grand succès. J'avais l'étrange impression de parler avec quelqu'un qui n'était pas vraiment présent. Nous restâmes un moment silencieux. Moi tirant tranquillement sur ma cigarette, elle jouant avec ses cheveux tout en se balançant doucement.
« Je te dérange ? Demanda-t-elle finalement
- Non, pas du tout, répondis-je.
- Tant mieux... Car je suis bien ici.
- Moi aussi.
J'eus l'impression de l'entendre sourire. J'avais envie de lui parler, de n'importe quoi, je voulais juste entendre sa voix.
- Qu'est-ce que tu faisais par ici ? Risquais-je
Elle me regarda, et je pu voir la pleine lune se refléter dans ses yeux.
- Rien, j'avais juste envie d'être un peu seule... Répondit-elle
J'acquiesçais.
- Je suis allé marcher dans les prés, ajouta-t-elle.

Dans les prés ? Pourquoi ne l'ais-je pas vu ?

- Ah oui ? Fis-je, surpris. J'y étais, je ne t'ai pas vu...
- J'étais près des cerisiers, là-bas.
Elle pointa le doigt en direction des champs, mais l'obscurité m'empêchait de voir ce qu'elle cherchait à m'indiquer. J'acquiesçais en faisant mine de voir les cerisiers.
- J'avais une faim de loup, ajouta-t-elle en se tournant vers moi.
Elle me sourit. La lune se réfléchit au coin de ses lèvres. Je pu y voir quelques gouttes d'un liquide rouge.
- Qu'est-ce que tu as là ? Demandais-je en levant le doigt.
Elle s'essuya le bord des lèvres du revers de la main. Elle murmura
- Ce n'est rien, du jus de cerise probablement... Ou du vin peut-être.
- Ah...
Elle rejeta la tête en arrière et la laissa pendre un moment, ses yeux fixant les étoiles.
- Je crois que j'ai un peu trop bu ce soir... soupira-t-elle.





Nous parlâmes une bonne partie de la nuit. Il est difficile pour moi de me rappeler comment tout s'est passé. Toujours est-il qu'au bout de quelques heures, nous nous retrouvâmes enlacés dans l'herbe, à contempler le firmament. Je crois que c'est ça qu'on appelle le coup de foudre. Un peu fleur bleue, je sais. Mais c'est comme ça.
Je dormis paisiblement cette nuit-là, la présence de Léa me donnait un agréable sentiment de sécurité, et de sérénité.
Si bien que l'aurore me paru presque désagréable. Je luttais pour garder les yeux fermés, m'accrochant désespérément à la sensation de bien-être que j'avais ressenti toute la nuit. Mais les premières gouttes de rosées effleurant mes membres nus vinrent à bout de mes efforts. J'ouvris les yeux. Léa était toujours là, blottit contre moi, soufflant doucement. Je la serrais plus fort, essayant de ne pas penser au fait que je devrais me séparer d'elle d'ici peu de temps.
J'entendis les premiers chants d'oiseaux tandis que le soleil se faisait plus net à l'horizon. Ses rayons recouvrirent lentement les prés et les enclos, tirant les animaux de leur sommeil.

Un cri brisa la plénitude du lieu. Un cri étrange, où se mêlait affolement et joie. Léa sursauta. Elle se redressa. Je fis mine de vouloir la retenir par la main, mais elle se leva quand même. Je la suivis.
Le cri venait de l'autre côté du Skate Park. Tandis que nous nous approchâmes de sa source, le cri se transforma en voix. Plusieurs voix, qui parlaient d'un ton excité.
Tout le monde était là. Mes amis formaient un cercle, presque immobile. Ils regardaient tous en direction du sol. Je vis Damien accourir vers le groupe en sautillant. Il fit s'écarter les gens avec de grands gestes. Puis il braqua son appareil photo vers le sol. Je vis plusieurs flashs. Quand nous arrivâmes vers le groupe, Damien me fit signe.
« Hugo ! Cria-t-il à mon attention, viens voir ! Grouille !
Les gens s'écartèrent quand j'arrivai à proximité de la scène, une odeur pestilentielle flottait dans l'air. Je pu enfin contempler le spectacle.
Dans l'herbe était étalé ce qui avait dû être une vache quelques heures plus tôt.
En effet, la bête était méconnaissable. Ses intestins se déversaient sur le sol à travers son flanc ouvert. Sa langue pendait, et une partie de sa tête avait été arrachée, laissant apercevoir un peu de sa cervelle. L'odeur était insupportable, et les mouches étaient déjà au rendez-vous. Je vis Sandra porter la main à sa bouche tout en hoquetant. Jonathan s'éloigna en vacillant. Je tournai la tête vers Léa. Cette dernière fixait la bête en silence.
Je la pris par l'épaule pour l'entraîner loin de ce spectacle morbide. Damien me retint par la manche de mon t-shirt. Il affichait un sourire béat.
« Alors, qui c'est qui avait raison ? Demanda-t-il surexcité. C'est pas beau ça ?
Je me dégageais d'un revers de la main. Je commençais à m'éloigner. Il me suivit.
- J'ai pris pleins de photos, continua-t-il sur le même ton, je te les enverrais ce soir...
Je m'arrêtai et le fixai. Léa poursuivit sa route seule, sans prêter attention à moi.
- Y'en a qui ont vraiment l'estomac fragile ! Se moqua Damien en voyant Léa s'éloigner rapidement.
Pendant un moment, je fus tenté de balancer toutes les insultes qui me passaient par la tête à la figure de Damien. Mais je contemplais son sourire idiot, et compris que si je restais, je ne pourrais m'empêcher de lui coller mon poing dans la figure. Aussi, je pris la décision de rejoindre Léa, tout en ignorant les appels répétés de Damien derrière mon dos.

Fin de la première partie

# Posté le vendredi 17 mars 2006 10:31