Dernière nouvelle... Bon vu comme c'est parti, sa risque d'être assez long. donc, je vais poster ma nouvelle en plusieurs parties. Perso, je trouve sa plus facile à gérer quand je procède par chapitres. En plus, sa évitera de décourager les gens qui entreprennent de lire mon histoire. Voilà sinon bonne lecture et des critiques me feraient vraiment plaisir, car je pensais modifier certaiens choses, mais je suis pas sûr de moi, donc vos avis m'intéressent beaucoup ^^.
Escapades Nocturnes
Escapades Nocturnes
Vendredi soir. Ma chambre n'était éclairée que par la lumière bleutée de la télévision. J'étais installé sur mon lit, mon portable à la main. Je ne l'avais pas lâché depuis l'instant où j'avais décidé de me mettre à somnoler devant la télévision, soit environ deux heures auparavant. J'attendais un message, ou un appel qui m'avertirait d'une quelconque soirée pour le lendemain.
Mais le téléphone restait désespérément silencieux au creux de ma main. Cette dernière était d'ailleurs si engourdie que mon portable aurait pu vibrer sans que je m'en rende compte.
Je fus tirer de mon état semi comateux par le petit jingle annonçant le début du journal télévisé. Je me frottai les yeux et baillai longuement. Je me redressai sur mon lit.
Sur le petit écran, le journaliste fit son apparition. Je posai mon téléphone sur ma table de chevet.
Je fus peu attentif aux 20 premières minutes, au cours desquelles il était surtout question de politique. Quand le plus gros des informations fut passé, le journaliste passa à des nouvelles plus régionales et de moindres importances.
« Un nouveau cas de mutilation de bétail observé à Villette d'Anthon dans l'Isère. En effet, c'est la troisième fois depuis le début de l'été que des animaux d'élevages, tels des vaches, des moutons ou encore des porcs sont retrouvés en partie dévorés. Aucune explication n'a encore pus être apportée à cette étrange affaire... ».
Mon téléphone se mit à vibrer sur le bois et je sursautai. Je m'empressai de répondre : « Allo ? »
« Hugo ? C'est Damien. Sa va bien ? »
Un nouvel espoir naquit au fond de moi. Il m'appelait certainement pour m'annoncer une soirée de dernière minute.
« Génial ! Et toi ? »
- Ca va, ça va... Alors quoi de neuf ? T'as maté les infos juste à l'instant ?
- Ouais, ouais, l'histoire des vaches et tout le bordel...
-Oui. Un truc de dingue hein ?
Je ne voyais pas l'intérêt de la discussion pour l'instant. Qu'attendait-il pour m'avertir du plan de demain ?
- Oui c'est fou, répondis-je sans grande conviction.
- Moi de me dire qu'il y'a peut-être un monstre qui rôde à moins de 500m de chez moi sa me fait carrément flipper, pas toi ?
-Arrête tes conneries. Tu ne m'as pas appelé juste pour me dire ça ?
Il se tut quelques secondes, sans doute un peu froissé du peu d'intérêt que je témoignais envers ses paroles.
- Non. Mais c'est pas sans rapport, dit-il finalement. Je t'explique : Demain soir y'a une bringue avec tout le monde. T'es libre j'espère ?
Quelle question...
- Oui y'a pas de problème. Sa se passe où ?
Damien ricana
- C'est là que sa devient intéressant... hé hé.
- Accouche.
Il laissa s'écouler quelques secondes, puis il lâcha :
- Ca se passe au Skate Park.
- Au Skate Park ? Tu veux dire celui de Villette ?
- Ouais, ouais, celui de Villette.
- Pourquoi là-bas ? Demandais-je surpris. En quoi c'est si intéressant ?
Damien laissa de nouveau échapper un petit rire.
- T'y est jamais allé ou quoi ?
- ...
- Putain mais Hugo ! C'est dans les champs qu'il y'a autour que les vaches et les moutons se font becter !
- Et alors ?
- Et alors ?! Bah je suis prêt à te parier qu'il y aura de nouvelles victimes demain soir ! Et je veux voir ça !
Le con...
- T'es complètement barge, tu le sais ça ? Pouffais-je
Il ignora ma remarque, et poursuivit sur le même ton excité :
- J'amène mon appareil photo ! Tu vas voir on va bien triper, surtout si on est sec, tu vois.
- Si tu le dis.
Je jetais un coup d'½il en direction de la télévision. On pouvait y voir des images peu ragoûtantes de vaches éventrés et de porcs décapités.
- On se retrouve à quelle heure ? Demandais-je
- Viens chez moi vers 19h. On ira acheter de quoi boire ensemble, puis on rejoindra les autres au Skate Park après.
- Ok sa marche.
- Bon allez je te laisse, ma batterie va bientôt me lâcher. Ciao.
- Ciao. A demain.
Damien raccrocha. Je mis le téléphone dans ma poche et reportai de nouveau mon attention sur le journal télévisé. On y parlait toujours de la même chose.
Un homme d'une soixantaine d'années s'adressait au reporter. Je compris à sa dégaine qu'il s'agissait d'un fermier, probablement le propriétaire des bestiaux massacrés.
« Ca va recommencer ! Comme le mois dernier, et comme celui d'avant ! Y'a quelque chose de pas naturel qui se passe dans le coin c'est moi qui vous le dis ! Il y'a quelque chose qui rôde dans les bois et qui s'attaque à mes bêtes ! La nuit dernière, j'ai même entendu des hurlements venant des bois ! Des hurlements de loup qu'on aurait dit ! Pas naturel tout ça... »
Le jeune reporter qui tenait le micro devant la bouche du vieil homme regardait ce dernier d'un air las. Sans doute aurait-il préféré être ailleurs, en train de couvrir un évènement important dans la capitale, plutôt que d'écouter les élucubrations d'un vieillard sénile.
Je m'emparai de la télécommande et éteignit la télévision. L'idée de passer la soirée devant ne m'enchantait pas du tout. J'ouvris le tiroir supérieur droit de mon bureau et en sortit des feuilles à rouler, du tabac ainsi qu'une petite boîte métallique contenant mon herbe. Je sortis par la fenêtre de ma chambre pour ne pas éveiller l'attention de mes parents. Une fois dehors, je me dirigeai au fond de mon jardin et je m'assis derrière un buisson. C'était la pleine lune, et la nuit était par conséquent relativement claire. Je n'eus ainsi aucun mal à rouler.
Je restai à fumer environ une heure. Puis mon estomac commença à gronder avec insistance. Les joints m'ont toujours donné incroyablement faim.
Je décidai donc d'aller grignoter quelque chose avant de regagner mon lit, où je dormis comme un bébé.
Je passai la journée de samedi à m'avancer pour mes devoirs de la semaine suivante. C'était plus raisonnable de travailler un maximum maintenant, car avec la cuite que je comptais me prendre durant la soirée, je n'aurais certainement pas été en état de faire quoi que ce soit d'intellectuel dimanche. Et puis, je ne suis pas catholique, mais je ne bosse jamais le jour du seigneur...
Quand 19h approcha, je me mis en tête de rassembler mes affaires. J'emportai avec moi un grand sac plastique solide, muni d'une fermeture éclair, dans lequel j'avais tassé un duvet, une veste et deux paquets de chips. J'aurais pu en mettre plus, mais il fallait que je garde de la place pour les bouteilles.
J'étais prêt à partir. Il ne me restait plus qu'à prévenir ma mère.
Je descendis à la cuisine, où cette dernière était en train de préparer le repas. Quand elle me vit, elle esquissa tout d'abord un sourire. Puis ses yeux se posèrent sur le sac contenant mon duvet et son expression se figea.
« Où tu vas ? Demanda t-elle la voix légèrement tremblante ».
- Je sors, répondis-je tout simplement
Sa mâchoire s'affaissa.
- Ton père n'est pas là Hugo...
Je lui jetai un regard dédaigneux.
- J'ai passé l'âge de me faire du souci pour vous, dis-je simplement.
Je ne restai pas pour attendre sa réponse et quittai la pièce.
Ce que j'aime l'été... Les couleurs, les odeurs, les sons... Tout me mets de bonne humeur. De plus, dans ma petite bourgade, les rues sont toujours très calmes en cette saison. J'ai souvent l'impression d'être le dernier être humain sur Terre, que tout ce qui m'entoure m'appartient. C'est très grisant, comme sensation.
J'arrivai chez Damien quelques minutes plus tard. Le portail était fermé, et il n'y avait aucune voiture dans l'allée. Je compris qu'il était seul chez lui.
Je pressai le bouton de l'interphone. Plusieurs secondes passèrent d'abord, puis je vis le rideau de la salle à manger s'écarter brièvement, et la tête de Damien surgit derrière la fenêtre.
Une petite alarme se fit entendre, et je pu pousser le portillon.
Arrivé à quelques mètres de la porte d'entrée, cette dernière s'ouvrit, et mon ami apparut sur le seuil. Il afficha un grand sourire béat et tendit les bras dans ma direction.
« Yeah Hugo ! Me lança t-il, sa me fait trop plaisir de te voir !
- Ouais moi aussi, répondis-je tandis que Damien m'étreignait avec passion.
Quand il me lâcha enfin, je le regardai dans les yeux. Ces derniers étaient comme des rubis dans ses orbites.
- T'es défoncé toi, fis-je.
Damien eut comme un léger sursaut, et l'air surpris, il me demanda :
- Ah ! Sa se voit tant que ça ?
Il m'invita à entrer. Nous nous dirigeâmes directement dans le salon.
« Mes vieux sont pas là, dit-il tout en s'installant sur le divan.
Je baissai les yeux vers la table, et pu apercevoir des résidus de tabac, de marijuana et un bang bleu foncé encore fumant.
- Je sais, répondis-je tout simplement.
Damien prit le bang et me le tendit.
- Non, dis-je, tu sais que je déteste ça.
- Bah ! Fit-il en prenant un air dépité, petit joueur va !
« Petit con, pensais-je ».
Je consultai ma montre. Il était presque 19h30, et le supermarché fermait à 20h.
- On devrait peut-être bouger, tu ne crois pas ? Proposais-je, sinon on aura pas de quoi se torcher ce soir.
Damien releva la tête dans ma direction, et dans une sorte de râle, recracha une épaisse fumée blanche, qu'il semblait avoir contenu dans ses poumons pendant de longues minutes. Il resta quelques secondes à me fixer au travers de cette petite nappe de brouillard, les yeux vides. Puis il acquiesça d'un hochement de tête, et se leva enfin.
Il fallait environ une quinzaine de minutes pour se rendre au supermarché. Vingt minutes si on prenait en compte le fait que mon camarade était complètement raide. Durant tout le trajet, ce dernier ne cessa de me raconter à quel point il s'était ennuyé chez lui aujourd'hui, et aussi à quel point il ne supportait plus les cours, son lycée, sa copine, ses parents, etc...
Je restai silencieux pendant tout l'aller.
Une fois au supermarché, nous nous dirigeâmes machinalement vers le rayon alcool. Notre choix fut vite fait : une bouteille de vin blanc, une autre de rosée et enfin une dernière de rouge. Nous passâmes à la caisse.
Nous dûmes attendre en retrait qu'une petite vieille termine de vider son caddie sur le tapis roulant. Tandis que nous patientons, Damien s'adressa à moi avec un petit sourire :
« J'ai une bonne nouvelle pour toi mon pote !
- Quoi ?
- Alicia ramène sa cousine ce soir !
Je ne répondis pas.
- Je ne l'ai pas vu, mais d'après Marion, elle est tout à fait charmante...
Il me jeta un regard entendu. Je fis mine de ne pas comprendre.
- Et alors ? Demandais-je
- Non rien... Je me disais juste que t'en avais peut-être marre de ta vie de célibataire...
Je décidais une fois de plus de ne pas rétorquer. Ce sujet m'agaçait, surtout quand c'était Damien qui m'en parlait. Heureusement, la petite vieille devant nous libéra enfin le tapis roulant, et Damien n'évoqua plus le sujet, trop occupé à fouiller ses poches à la recherche d'argent pour nos boissons.
Il y'a encore quelques mois, la caissière, toujours la même, nous demandait une pièce d'identité à chaque fois que nous venions nous fournir ici. Mais nous devinrent des habitués, si bien qu'elle ne nous demandait plus rien.
Nous reprîmes la route, tenant chacun un sac plastique. J'avais en ma possession le blanc et le rosée. Damien, quant à lui, veillait sur le rouge.
Ce dernier semblait en train de redescendre de sa perche tout doucement. Au bout de quelques minutes sans piper mot, il lâcha :
- J'ai pris mon appareil photo. Tu sais, le numérique, avec vision nocturne.
- C'est cool, répondis-je d'un air détaché.
Il reprit :
- Il fait des super photos. On verra tout en détail, comme s'il faisait jour.
Nous arrivions de nouveau en vue de sa maison. Le Skate Park était à environ deux minutes de marche plus loin.
- Tu sais Hugo, poursuivit-il, je suis sûr qu'on peut se faire de la thune, si on arrive à prendre de bonnes photos.
Je laissai échapper un petit rire.
- Et qu'est-ce que tu comptes prendre en photo ? Demandais-je
Damien se tut un moment, fixant ses chaussures. Puis il reprit d'un ton plus énergique cette fois :
- Tu sais, j'ai regardé le reportage jusqu'au bout hier. Il y'avait un fermier du coin qui témoignait.
- Oui, je l'ai vu. Un vieux cinglé.
- Oui sûrement... N'empêche qu'il n'avait pas totalement tort.
- A propos de quoi ?
- Bah, il se passe vraiment quelque chose de pas naturel ici.
Je ne répondis rien. Damien semblait sur le point de partir dans un de ses délires paranoïaques, comme il le faisait parfois après une consommation excessive de cannabis.
- Tu sais, j'ai pas mal réfléchi à tout ça, continua-t-il, et j'ai remarqué des trucs vraiment bizarres... T'as pas du tabac s'il te plaît ? J'ai fini mon paquet cet après-midi.
Je lui passai mon paquet de Amsterdamer.
- Les feuilles sont dedans, dis-je.
Il commença à rouler tranquillement sa cigarette, tout en poursuivant :
- Oui, donc je te disais... Les trucs qui arrivent en ce moment, tu te rappelles que c'est déjà arrivé, hein ? Le mois dernier, et encore le mois d'avant, tu te souviens ?
- Mouais.
- A chaque fois, les attaques ont duré une semaine, puis elles ont stoppé, brusquement. Etrange hein ? (Il marqua une pause) T'as pas du feu s'il te plaît ?
Je sortis mon briquet et le lui tendit. Nous arrivions en vue du Skate Park. Je pouvais en effet apercevoir le sommet de quelques obstacles disposés de part et d'autres de ce dernier. Le nouveau silence qui s'était installé tandis que Damien allumait sa cigarette fut une fois encore rompu par les élucubrations de ce dernier :
- J'ai pas mal cogité, tu vois. Je crois pas que ce soit dû au hasard ! Chaque mois, il y avait un évènement particulier qui était la cause de tout ce bordel !
Il avait décidément beaucoup de mal à cracher le morceau. Peut-être n'était-il en fin de compte pas assez défoncé pour ne pas savoir qu'il risquait d'être ridicule s'il allait au bout de sa pensée.
Je décidai de l'aider un peu.
- Bon allez accouche, l'incitais-je, à quoi tu penses ?
Pour la première fois depuis que l'on avait quitté le supermarché, il leva les yeux vers moi. Il sembla inspirer profondément et longuement. Puis finalement, dans un souffle, il lâcha :
- Je crois que tout ceci est dû à la pleine lune.
Il resta à me fixer, guettant ma réaction. Je décidais de m'arrêter, et de lui parler sérieusement.
- Bon Damien, écoute-moi, dis-je lentement, je sais à quoi tu penses. Et je te conseille fortement d'oublier ça. Ne vas pas débiter ce genre de théories à deux balles aux gens ce soir.
Il baissa de nouveau les yeux.
- Et oublie aussi cette histoire de photos, poursuivais-je, c'est débile. Tu ferais mieux de profiter de la soirée, et de t'occuper un peu de Sandra. Elle va bientôt plus te supporter si tu continu à faire le con avec elle comme ça...
Damien ne disait toujours rien. Je l'avais probablement vexé. Il sembla enfin vouloir répondre quelque chose, mais il fut coupé dans son élan par la voix de Marion, qui venait juste de nous apercevoir du haut d'un obstacle.
« Damien ! Hugo ! Cria-t-elle à notre attention »
Cette dernière faisait de grands signes dans notre direction. Je lui adressait un sourire et fis un petit signe de la main. Puis je me tournai de nouveau vers mon ami, et posa ma main sur son épaule.
« Essaye d'assurer ce soir, dis-je »
Il resta immobile quelques secondes. Puis il secoua la tête avec dédain en émettant un petit rire, et reprit sa route en direction du Skate Park. J'attendis qu'il prenne quelques mètres d'avances, puis je le suivis.
La soirée s'annonçait bonne. Nous avions suffisamment d'alcool pour tenir un siège, et de quoi fumer en abondance. Tout le monde était là, aucun de mes amis ne manquait à l'appel. Ces derniers ne nous avaient d'ailleurs pas attendu pour commencer à s'amuser. Déjà quand nous arrivâmes, je pus apercevoir les premiers signes d'ivresse chez certains de mes camarades. Marion, par exemple, qui m'avait sauté au cou pour me dire bonjour.
« Je suis trop contente de te voir Hugo... M'avait-elle dit, l'½il humide, avant de repartir en titubant légèrement ».
Je vis un groupe de personnes assises près de l'aire de pique-nique. Je marchai dans leur direction. Tandis que je me dirigeai vers eux, j'aperçus du coin de l'½il Damien, légèrement à l'écart, en pleine discussion avec Jonathan ; son ami, mais avant tout son principal fournisseur.
Près de l'aire de pique-nique, je trouvai Alicia, Romain, Victor et Sandra. Il y avait également une autre fille que je n'avais jamais vue. J'en déduis qu'il devait probablement s'agir de la cousine d'Alicia.
C'était une fille plutôt mignonne, qui faisait à peu près ma taille. Elle avait des yeux noisette et de longs cheveux châtains qui lui recouvraient presque entièrement les joues. Elle me salua timidement, et s'éloigna de nouveau, avant même que j'eus le temps de l'observer en détail.
Quand j'arrivais au niveau de Sandra, cette dernière me demanda aussitôt :
« Où est Damien ? »
Je pivotais légèrement sur moi-même et désignait ce dernier – toujours en compagnie de Jonathan à l'autre bout du Skate Park – d'un hochement de tête.
Sandra sembla se froisser. Je pris un air conciliant.
« J'ai essayé de lui parler cette semaine, dis-je doucement, j'ai pas pu en tirer grand-chose. Il ne se rend toujours pas compte de quoi il est responsable... »
Sandra esquissa un sourire.
- Merci Hugo, répondit-elle simplement.
Puis elle partit en direction de Damien. Quant à moi, je décidai de débuter la soirée.
Je m'avançais vers la table en pierre sur laquelle était posé plusieurs paquets de chips –entamés pour la plupart – ainsi que divers bouteilles d'alcool. Je déballais les miennes et les présentai à mes compagnons. Ces derniers les accueillirent avec des petits cris de joie. Nous décidâmes de goûter au rosée, excellent pour débuter une soirée.
Très vite, les esprits s'échauffèrent, et avant même que la nuit ne tombe, j'étais pratiquement déjà au summum de l'ivresse.
Je décidai de stopper là. En effet, je ne tenais pas à m'écrouler ivre mort et louper le reste de la soirée. Je pris donc la décision d'aller marcher un peu aux alentours, et de profiter du crépuscule.
Je ne sais pas si l'on peut considérer que je suis quelqu'un de solitaire. Cependant, j'ai souvent ressentit le besoin de m'isoler, alors même que je m'amusais avec les autres. Peut-être qu'en fin de compte, même après ces deux années passées entourés de mes amis, je garde encore des traces de mon passé de marginal introverti et antipathique.
Tandis que je m'éloignais du Skate Park, j'aperçus une ombre, à quelques mètres en face de moi. Je reconnus Sandra. Cette dernière marchait à petits pas rapides dans ma direction. Quand elle fut à moins de deux mètres, je pus distinguer son visage. Je m'aperçus alors que des larmes coulaient sur ses joues.
Elle voulut passer à côté de moi rapidement, sans me regarder. Je lui attrapais le bras au passage pour la retenir. Elle fit mine de vouloir se libérer mollement, mais je la tirai vers moi et l'enlaçai. Elle cessa de lutter, et se laissa aller à pleurer sur mon épaule. Nous restâmes un petit moment ainsi.
« Qu'est-ce qui s'est passé ? Demandais-je quand elle me sembla plus calme.
Elle releva la tête, et renifla.
- C'est Damien... Sanglota-t-elle. C'est fini...Il m'a lâché.
Je ne fus pas surpris. Je savais que cela arriverai tôt ou tard. Je resserrai un peu mon étreinte.
- C'est pas si grave, la consolais-je, c'est mieux comme ça, tu sais... Tu mérites mieux...
J'aurais aimé être en mesure de la réconforter mieux que ça, mais j'étais trop soûl pour faire autre chose que lui débiter toutes les conneries que l'on sort habituellement aux personnes dans sa situation.
Sandra continuait de sangloter, me racontant à quel point Damien avait été odieux avec elle, comme il l'avait rabaissé, comme il avait dragué la cousine d'Alicia sous ses yeux, etc...
Je fis semblant d'écouter ses lamentations encore quelques minutes, puis je la lâchais, en lui conseillant de rejoindre les autres, et de s'amuser un peu.
- Merci Hugo, dit-elle doucement, t'es un véritable ami...
Elle repartit.
« Enfin seul... me dis-je »
J'avais très envie d'uriner depuis plusieurs minutes. Maintenant que j'avais pu me débarrasser de Sandra, je partis en quête d'un arbre ou d'un quelconque buisson pour me soulager. Une fois ma petite affaire réglée, je décidais de poursuivre ma petite escapade nocturne en direction des champs.
Tandis que j'approchais de la route, je tombai sur Damien. Ce dernier était allongé sur le dos sur le bas-côté, fumant paisiblement. Quand il m'aperçus, il se redressa et leva la main dans ma direction.
« Wesh Hugo ! Lança-t-il à mon attention »
Je ne pouvais plus faire semblant de ne pas l'avoir remarqué. Je m'avançais vers lui.
- Alors ? Comment sa se passe pour toi cette petite soirée ? Demanda-t-il
- Sa peut aller... répondis-je. Et toi ?
- Sa va on ne peut mieux !
Il se laissa de nouveau tomber dans l'herbe.
- Je suis un homme libre, Hugo ! Ajouta-t-il d'un air satisfait
- Ouais, je sais. Je viens de croiser Sandra.
- Ah oui ? Et comment va-t-elle ?
- Mal.
Il pouffa.
- Je suis probablement une grosse perte !
- Non sa va, elle survivra.
Damien prit un air indigné. Puis il ria de nouveau.
- Dis-moi Hugo, dit-il en levant la tête vers moi, tu ne saurais pas où est passé Léa ?
- Léa ?
- La cousine d'Alicia.
- Non, aucune idée.
Damien jura entre ses dents.
- Va falloir que je la retrouve alors... Soupira-t-il en se relevant avec peine.
- Qu'est-ce que tu lui veux ? Demandais-je.
Je vis les dents blanches de Damien apparaître dans l'obscurité tandis que ce dernier me souriait.
- La pauvre doit se sentir seule, dit-il d'un air faussement désolé. C'est vrai quoi. Elle débarque dans un endroit inconnu, elle ne connaît personne... Faut bien que quelqu'un lui tienne compagnie !
Sur ces mots, il jeta son joint sur la route, et repartit en direction du Skate Park en sifflotant. J'étais de nouveau seul.
Je restais un moment immobile, les yeux fermés, la tête penchée en arrière, à profiter du silence. Quand j'écartai de nouveau les paupières, je vis la pleine lune, en partie cachée par les nuages. J'inspirais profondément. L'air de la nuit était vivifiant. Tous mes sens étaient aux aguets. Je me mis à contempler les champs de maïs devant moi, ainsi que les enclos où était parqué le bétail. Je fus prit d'une irrésistible envie de courir, de sentir l'air me fouetter le visage tandis que je gambaderais follement entre les épis de maïs.
La lune se faisait de moins en moins prude tandis que sa robe de nuages glissait lentement, laissant apparaître ses rondeurs stimulantes. Je la contemplais encore quelques secondes, puis je me lançai à travers champs.
Je ne saurais dire combien de temps a duré ma petite escapade. Je ne suis même pas sûr de tout me rappeler. J'avais couru pendant de longues minutes, m'éloignant de près d'un kilomètre de mon point de départ. Puis j'étais revenu en marchant jusqu'au Skate Park, en coupant à travers les prés réservés aux moutons.
De retour au Skate Park, je décidai de ne pas rejoindre immédiatement mes camarades, et de m'arrêter quelques minutes dans un coin pour me reposer tout en fumant une cigarette.
Je parti à la recherche d'un endroit paisible, à l'abri des regards. Mon choix se porta sur l'aire de jeu pour enfant, situé à environ une vingtaine de mètres en contrebas du Skate Park. Je pouvais distinguer les silhouettes de plusieurs jeux en bois, des balançoires, ainsi qu'un petit tourniquet et un bac à sable.
Je décidai de m'installer sur une balançoire. Je commençai à rouler ma cigarette. La pleine lune était de nouveau cachée par les nuages, ne me facilitant pas la tâche. De plus, une légère brise s'était levée, faisant doucement onduler la balançoire à côté de la mienne. Je parvins à rouler quelque chose d'à peu près convenable, et cela malgré l'évidente opposition des éléments envers le tabagisme.
Je fouillai mes poches à la recherche d'un briquet. Sans succès.
« Merde ! Lâchais-je, dépité ».
Je m'apprêtais à me lever pour partir en quête d'un briquet auprès de mes camarades quand soudain, un déclic se fit entendre derrière moi. Je me retournais vivement en direction du bruit. J'aperçus une petite flamme qui oscillait doucement au gré du vent à environ deux mètres devant mes yeux.
« Tu veux du feu ? demanda une voix dans l'obscurité »
La flamme disparut avant que j'aie le temps de reconnaître la personne qui tenait le briquet. Mon mystérieux interlocuteur se rapprocha de moi, contourna la balançoire libre et s'assit dessus. Je fixai attentivement cette silhouette fantomatique, espérant apercevoir un visage. D'étranges ombres ondulaient devant sa tête et son buste. Je compris alors que si j'avais tant de mal à discerner ses traits, c'était tout simplement parce que ses longs cheveux lui recouvraient presque entièrement le visage.
« Léa... ? Demandais-je doucement. »
Elle leva la tête, et je pu presque voir ses yeux.
- Tiens, tu te souviens de moi ? Sa me fait plaisir...
Elle me tendit le briquet.
- Elle va pas s'allumer toute seule tu sais... murmura-t-elle amusée.
J'en avais oublié ma cigarette, toujours serrée entre mes lèvres. Je pris le briquet et l'allumai. Je profitai de la lumière de la flamme pour essayer de mieux voir le visage de Léa. Sans grand succès. J'avais l'étrange impression de parler avec quelqu'un qui n'était pas vraiment présent. Nous restâmes un moment silencieux. Moi tirant tranquillement sur ma cigarette, elle jouant avec ses cheveux tout en se balançant doucement.
« Je te dérange ? Demanda-t-elle finalement
- Non, pas du tout, répondis-je.
- Tant mieux... Car je suis bien ici.
- Moi aussi.
J'eus l'impression de l'entendre sourire. J'avais envie de lui parler, de n'importe quoi, je voulais juste entendre sa voix.
- Qu'est-ce que tu faisais par ici ? Risquais-je
Elle me regarda, et je pu voir la pleine lune se refléter dans ses yeux.
- Rien, j'avais juste envie d'être un peu seule... Répondit-elle
J'acquiesçais.
- Je suis allé marcher dans les prés, ajouta-t-elle.
Dans les prés ? Pourquoi ne l'ais-je pas vu ?
- Ah oui ? Fis-je, surpris. J'y étais, je ne t'ai pas vu...
- J'étais près des cerisiers, là-bas.
Elle pointa le doigt en direction des champs, mais l'obscurité m'empêchait de voir ce qu'elle cherchait à m'indiquer. J'acquiesçais en faisant mine de voir les cerisiers.
- J'avais une faim de loup, ajouta-t-elle en se tournant vers moi.
Elle me sourit. La lune se réfléchit au coin de ses lèvres. Je pu y voir quelques gouttes d'un liquide rouge.
- Qu'est-ce que tu as là ? Demandais-je en levant le doigt.
Elle s'essuya le bord des lèvres du revers de la main. Elle murmura
- Ce n'est rien, du jus de cerise probablement... Ou du vin peut-être.
- Ah...
Elle rejeta la tête en arrière et la laissa pendre un moment, ses yeux fixant les étoiles.
- Je crois que j'ai un peu trop bu ce soir... soupira-t-elle.
Nous parlâmes une bonne partie de la nuit. Il est difficile pour moi de me rappeler comment tout s'est passé. Toujours est-il qu'au bout de quelques heures, nous nous retrouvâmes enlacés dans l'herbe, à contempler le firmament. Je crois que c'est ça qu'on appelle le coup de foudre. Un peu fleur bleue, je sais. Mais c'est comme ça.
Je dormis paisiblement cette nuit-là, la présence de Léa me donnait un agréable sentiment de sécurité, et de sérénité.
Si bien que l'aurore me paru presque désagréable. Je luttais pour garder les yeux fermés, m'accrochant désespérément à la sensation de bien-être que j'avais ressenti toute la nuit. Mais les premières gouttes de rosées effleurant mes membres nus vinrent à bout de mes efforts. J'ouvris les yeux. Léa était toujours là, blottit contre moi, soufflant doucement. Je la serrais plus fort, essayant de ne pas penser au fait que je devrais me séparer d'elle d'ici peu de temps.
J'entendis les premiers chants d'oiseaux tandis que le soleil se faisait plus net à l'horizon. Ses rayons recouvrirent lentement les prés et les enclos, tirant les animaux de leur sommeil.
Un cri brisa la plénitude du lieu. Un cri étrange, où se mêlait affolement et joie. Léa sursauta. Elle se redressa. Je fis mine de vouloir la retenir par la main, mais elle se leva quand même. Je la suivis.
Le cri venait de l'autre côté du Skate Park. Tandis que nous nous approchâmes de sa source, le cri se transforma en voix. Plusieurs voix, qui parlaient d'un ton excité.
Tout le monde était là. Mes amis formaient un cercle, presque immobile. Ils regardaient tous en direction du sol. Je vis Damien accourir vers le groupe en sautillant. Il fit s'écarter les gens avec de grands gestes. Puis il braqua son appareil photo vers le sol. Je vis plusieurs flashs. Quand nous arrivâmes vers le groupe, Damien me fit signe.
« Hugo ! Cria-t-il à mon attention, viens voir ! Grouille !
Les gens s'écartèrent quand j'arrivai à proximité de la scène, une odeur pestilentielle flottait dans l'air. Je pu enfin contempler le spectacle.
Dans l'herbe était étalé ce qui avait dû être une vache quelques heures plus tôt.
En effet, la bête était méconnaissable. Ses intestins se déversaient sur le sol à travers son flanc ouvert. Sa langue pendait, et une partie de sa tête avait été arrachée, laissant apercevoir un peu de sa cervelle. L'odeur était insupportable, et les mouches étaient déjà au rendez-vous. Je vis Sandra porter la main à sa bouche tout en hoquetant. Jonathan s'éloigna en vacillant. Je tournai la tête vers Léa. Cette dernière fixait la bête en silence.
Je la pris par l'épaule pour l'entraîner loin de ce spectacle morbide. Damien me retint par la manche de mon t-shirt. Il affichait un sourire béat.
« Alors, qui c'est qui avait raison ? Demanda-t-il surexcité. C'est pas beau ça ?
Je me dégageais d'un revers de la main. Je commençais à m'éloigner. Il me suivit.
- J'ai pris pleins de photos, continua-t-il sur le même ton, je te les enverrais ce soir...
Je m'arrêtai et le fixai. Léa poursuivit sa route seule, sans prêter attention à moi.
- Y'en a qui ont vraiment l'estomac fragile ! Se moqua Damien en voyant Léa s'éloigner rapidement.
Pendant un moment, je fus tenté de balancer toutes les insultes qui me passaient par la tête à la figure de Damien. Mais je contemplais son sourire idiot, et compris que si je restais, je ne pourrais m'empêcher de lui coller mon poing dans la figure. Aussi, je pris la décision de rejoindre Léa, tout en ignorant les appels répétés de Damien derrière mon dos.
Fin de la première partie